lundi, novembre 16, 2020

La rencontre

 La vie du cosaque Victor Ivan Nikitarovitch lui semblait une longue route verglacée et sans espoir. Pour mieux en épouser les virages, il avait choisi de ne conduire que saoul. Aussi, ne prenait-il jamais le volant sans avoir bu au moins deux ou trois « sorcières ambrées » qu’il affectionnait particulièrement, et de préférence sans eau de Seltz.


Victor Ivan Nikitarovitch avait une tête excentrique aux joues allumées, au crâne nu et brillant qu’ont souvent les têtes de toqués. Il avait quelque chose du comédien, du fou et du distillateur-goûteur, avec une parole bizarre qui dramatise et s’arrête parfois au milieu de ricanements troublants.


Bien entendu, cela était du aux « coups de fouet » qu’il ingurgitait régulièrement, un cocktail de son invention que l’on servait aux lapins lorsqu’on les opposait à des grizzlis dans les arrières-salles des tripots du grand nord sibérien. Dans un seul cas, l’ours avait tenu trois rounds.


Plus d’une fois le cours de sa vie avait failli voler en éclats, mais il n’avait jamais eu d’accident, ayant toujours réussi à rattraper les zigs fortuits de sa Lada par des zags rapides et opportuns.


Son seul accident, son coup de malchance, ce fut lors d’un coup de foudre avec Ievguenia Alekssandrovna qui faisait du stop. 


C’était une splendide gaillarde, à la croupe avantageuse, aux yeux charbonnés, aux lèvres sanguinolentes et certainement titulaire de la plus belle devanture de Komsomolsk-sur-Amour. Le tout était véhiculé par une paire de jambes qui disparaissait dans des cuissardes moulantes aptes à provoquer les émotions les plus frétillantes.


Dès que Viktor Ivan Nikitarovitch la vit, son vit lança immédiatement un défi à Von Karajan.


Ievguenia tomba immédiatement amoureuse de Viktor. Bien décidée à plonger rapidement le cosaque dans le vertige de son corsage et les commissures de son intimité, elle lui offrit rapidement l’hospitalité de son hangar à fourrage.


Elle ne fut pas déçue.


Ses mains partirent en balade, glissèrent le long de la splendeur velue du torse de Viktor Ivan Nikitarovitch, s’attardèrent sur les épaules osseuses, descendirent le long des bras, touchèrent les hanches, le ventre plat et encore un peu plus bas.


Là, les mains s’arrêtèrent.


Ievguenia Alekssandrovna ouvrit grand les yeux et toucha encore une fois. Etait-ce vraiment possible ? Avec une précaution infinie elle souleva la couette pour confirmer de visu la découverte de sa main.


Ses ébats connurent alors un surcroît d’intensité dont le ressort lui échappait de temps en temps.


Hélas, Ievguenia ne supporta pas les « coups de fouet » de Viktor et les haltes quotidiennes au « Palais de la Vodka ». Un soir, elle trébucha dans l’Amour, juste à son confluent avec la Boureïa, et ne remonta pas d’une semaine. Une belle mort, en somme.



jeudi, novembre 12, 2020

Un art peut en cacher un autre

Charles n’aspirait qu’à mener une vie raisonnable et vertueuse. La pratique de l’art de la méditation et de la mémoire lui permettrait certainement de déterrer ses talents cachés et d’atteindre, en dépit de circonstances peu favorables, un bonheur serein. Il voulait s’en convaincre.

Il était peu séduisant et aurait eu besoin d’un nombre considérable de retouches pour être accepté dans le concours de beauté le plus modeste.  Aussi, s’était-il habitué progressivement aux râteaux et était-il passé maître en Hellénépiphanisation qui est l’art d’aller se faire voir chez les Grecs.


Il s’était exercé également à la pratique de la drague et du baratin, mais n’avait progressé que dans l’art de la luthomiction qui est, comme chacun le sait, l’art de pisser dans un violon.


Il avait conscience de tout cela et maîtrisait philosophiquement l’art de savourer les réminiscences. Il en était là de ses réflexions, assis à la terrasse d’un café parisien, au milieu d’une foule bruyante, lorsque lui apparut Clémence.


Elle passa devant lui en laissant dans son sillage une traînée de parfum à cinquante euros la giclée. Il n’y avait rien à redire à son enveloppe extérieure. Elle aurait pu être la vedette d’un harem de sultan. Ses rondeurs d’une volupté presque immoral s’offraient sans pudeur au feu du regard de Charles, dont la chaleur la fit se retourner.


La fille qui lui avait tapé dans l’œil était un de ces jeunes vampires tout en rouge à lèvres, dont le temps passé à la toilette et au maquillage ne laisse d’autre possibilité que celle d’exercer la pyropygie qui est l’art de mettre le feu aux fesses d’autrui.


Elle sourit, et ce fut comme si quelqu’un avait baissé le volume du reste du monde. Charles n'entendait plus le brouhaha dont il était enveloppé l’instant d’avant.


Le feu avait pénétré dans son cœur, mais il se garda bien de sourire en retour, affectant l’indifférence, car il savait bien que ses chances étaient très minces, pour ne pas dire squelettiques. Il était demeuré assis, jouant à placer bout-à-bout l’extrémité des doigts de ses deux mains, en regrettant de ne pas en avoir davantage.


Rien dans ses manières ne suggérait qu’il aurait aimé lui faire une déclaration d’amour enflammée. On lui aurait plutôt délivré un diplôme d’orchopercussion qui est l’art de s’en battre les couilles.


Ô combien il aurait aimé avoir sous la main un dragon à terrasser afin d’attirer davantage l’attention de la demoiselle !

mercredi, novembre 11, 2020

Seul

Il était seul. Absolument seul. Trop seul au monde pour qu'un prénom lui fût utile. Mais il aimait cela. Ceux qui l’avaient fréquenté étaient rapidement devenus allergiques à sa personne.

Il avait fait des retraites dans les monastères les plus isolés de la vallée de Katmandou, ainsi que dans les plus hautes météores de Thessalie. Il avait connu les hivernages du Spitzberg, était resté des mois bloqué dans les glaces de la baie de Qikiqtarjuaq en compagnie des ours, mais à présent il avait mis un terme à ces aventures solitaires.


Il se passait encore trop de choses autour de lui. Il voulait vivre intensément et seule l'oisiveté, la vraie, lui permettrait d'atteindre cette jouissance. Il privilégiait les richesses intimes de l'âme et méprisait l’argent.


Cela lui était facile. Fils unique d'un couple de bourgeois fortunés, il vivait à présent dans un château isolé au milieu de landes brumeuses et de marais infestés de sables mouvants. Il n’avait pour seul compagnon que les fantômes de chevaliers errants qui s'étaient entretués dans ce coin perdu vers la fin du XIIIe siècle. Un philodendron déprimé constituait l'unique présence ou palpitait un atome de vie dans son univers.


Alors, il restait là, immobile, vautré dans un fauteuil poussiéreux, comme la poupée d'un ventriloque après la fin du spectacle. Sa barbe de quatre jours, ses yeux cernés et fiévreux, ses doigts tachés de nicotine et son tricot de corps crasseux, racontaient la triste et sempiternelle histoire de l'homme qui n'a que le Misanthrope comme livre de chevet.


Sa seule joie fut d'apprendre par le facteur la décision de confinement.


mardi, novembre 10, 2020

La Krise

 Lorsque l'épouvanteur se présenta, le jour commençait à baisser.

Il était petit et frisé et il entama son discours destructeur par les mots suivants : « Quand tout est noir, que tout va mal, que les candidats aux élections présidentielles se présentent comme une petite lueur d'espoir dans l'obscurité d'une société en déroute, c'est bien que la crise est là ! »


Le petit homme frisé s’agitait en martelant son pupitre à chaque annonce d'une nouvelle catastrophe. Il les empilait comme les couches d'un millefeuille, crise sociale, crise économique, crise sanitaire. Ils alignait les chiffres du chômage, de la pandémie, de la dette, du terrorisme et des suicides. Il énumérait les manquements, les erreurs de gestion, les lois liberticides, les quatrième et cinquième vagues, les absences d'anticipation, les mensonges, les conflits d'intérêts, les batailles d'ego, les contradictions, les incohérences et autres déclarations plus confuses les unes que les autres qui nous rapprochaient insensiblement de la guerre civile.


Visiblement, c'était foutu. On ne s'en remettrait jamais. Nos enfants paieraient l'addition sur plusieurs générations. C'était la fin des libertés, de la démocratie, l'avènement de la surveillance généralisée, les confinements et déconfinement à répétition, les caméras dans toutes les rues, le traçage de chacun de nos déplacements, de chacune de nos dépenses, de chacune de nos conversations.


Le petit homme frisé voyait la peur enfler dans les rangs de son auditoire qui s'épongeait de plus en plus le visage. Les yeux se fendillaient, les genoux s’entrechoquaient, les slips se mouillaient. Les « gens », ce troupeau inconséquent, prenait-il enfin conscience du gouffre insondable qui s’ouvrait sous ses pieds ?


Ce n'est que lorsqu'il fut certain et satisfait de voir son auditoire totalement abattu, écrasé par une chape de plomb et de malheur qu'il venait de déverser sur lui, lorsqu'il fut bien assuré que la foule sentait le souffle des chevaux de l’apocalypse sur sa nuque, qu'il consentit enfin à faire savoir qu'il avait la solution.


Oui. Le petit homme frisé avait la solution. Il avait un programme pour régler tous ces problèmes. Une méthode qui avait déjà fait ses preuves dans le monde entier. On ne pouvait qu’être surpris qu’elle ne soit pas déjà appliquée en ces funèbres circonstances. Cette technique était connue depuis l’antiquité et lui, le petit homme frisé, allait la mettre en oeuvre.


Les romains l’appelaient « infectum digito technica ». Elle fut reprise dans les pays du Commonwealth sous l’appellation « wet finger technique », « Nassfingertechnik » chez les Allemands, « tecnica con le dit bagnate » en Italie, mais aussi de par le vaste Monde teknik Jari basah, technika mokrego palca, técnica de dedo mojado, blant fingentackni, etc. etc. C’est dire que cette technique est connue du monde entier et nous serions bien les derniers à la mettre en oeuvre, ce qui explique que nous soyons dans une situation pire que celle de nos voisins.


Mais ne soyons pas trop sévères avec nos dirigeants ajouta le petit homme frisé. Le côté aléatoire de cette méthode est parfaitement maitrisé et certains membres du Gouvernement ont commencé à appliquer cette « technique du doigt mouillé » avec le succès que l’on sait. Elle est pour l’instant en période de rodage et sera certainement généralisée compte tenu des premiers résultats prometteurs.


Il faisait tout à fait nuit lorsque le petit homme frisé termina son discours.



(Une suite à cette histoire ICI)

samedi, août 01, 2020

Tante Agathe

Il y avait bien longtemps que j’hésitais à discuter avec tante Agathe. L’oisiveté dans laquelle m’avait fait sombrer la pandémie m’incita cependant à prendre de ses nouvelles car tante Agathe est un sujet à risques selon les critères de l’O.M.S. Depuis que je la connais, son anatomie ne cesse d’être en expansion et j’ai renoncé à compter les vagues de son menton qui viennent se perdre dans la masse fluctuante de sa poitrine féllinienne. Pourtant elle ne manque pas de charme avec ses yeux bleu faïence qui lui donnent les allures d’une Cléopâtre qui se serait gavée de féculents.


L’effet de surprise me gratifia de quelques secondes de silence, mais lorsque sa langue se délia, il m’apparut dès le début qu’elle souffrait de paroles rentrées depuis longtemps, par manque de victime convenable sans doute. Elle s’embarqua dans une sorte d’introduction à une longue conférence sur les conditions d’existence en période de confinement et ses mots faisaient songer au crépitement des brindilles dans l’âtre.


Le téléphone se mit à vrombir comme une roulette de dentiste. C’est qu’elle a du bagou, tante Agathe. Elle est capable de gagner tous les concours de baratineurs. Son plaidoyer pour le professeur Raoult s’abat sur moi comme une avalanche, un déluge de phrases. C’est la reine des pirouettes verbales et des circonlocutions. Elle aime se déchainer aux grandes orgues de la langue française et ne s’interrompt que pour respirer. Dès qu’elle a les poumons remplis, elle repart pour une autre série de patati et de patata.


Rien que de très rassurant, finalement.



Les mots à placer sont proposés par LES PETITS CAHIERS D'ÉMILIE

CIRCONLOCUTION, BARATINEUR, TÉLÉPHONE, DISCUTER, BAGOU, PLAIDOYER, PAROLE et PIROUETTE, 


samedi, juillet 11, 2020

Le vendeur de temps

La précipitation est mauvaise conseillère et dans ce monde où tout doit être fait en un éclair, ou du moins à la minute, par souci de rentabilité, tout le monde fait diligence, court du matin au soir à pied, à cheval ou à vélo et risque l’infarctus ou perd les pédales dans la crainte perpétuelle de voir sa boite couler et licencier. Pourtant le remède est simple : ra-len-tir et prendre son temps !

Vous souvenez-vous de ce petit village perché sur les falaises du Temps, dont tous les habitants étaient joyeux, aimables et riches, alors que l’on n’entendait monter de la vallée que plaintes et gémissements ?

Cette curiosité attirait naturellement les foules et l’on voyait serpenter jusqu’à cette bourgade de longues colonnes de gens pressés et tourmentés qui se bousculaient pour rentrer et repartaient détendus et souriants.

Tout ces gens étaient passés chez le vendeur de temps, un homme sans âge qui habitait le village depuis la nuit des temps. Le bruit circulait qu’il était horloger mais avait vendu son âme au Diable avant de vendre du temps. Il semblait surfer sans la moindre éclaboussure sur l’invisible torrent des siècles et des jours qui entraîne le commun des mortels dans la tombe.

C’est que le torrent dont il s’agit passait dans sa mystérieuse boutique et il lui était donc facile d’en puiser à sa guise et de le vendre à un prix très raisonnable, puisque ces liquidités placées à quatre pour cent pouvaient encore fructifier et faire le bonheur de gens qui en manquaient.

Il y avait très peu de mécontents. Les sales quart d’heure étaient rares mais, bien sûr, il pouvait arriver de rentrer avec un temps pourri ou alors, de perdre son temps au retour.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où un poète vint au village et, tombant à genoux, s’exclama « Ô temps, suspends ton vol, respecte ma jeunesse ! » Il fut exaucé. On se demande encore pourquoi.

Le temps s’arrêta et le Diable vint chercher le soir même l’âme qui lui était due.

Le temps a repris son cours dès le lendemain matin, et aujourd’hui on annonce la 5G.




Les mots placés dans le premier paragraphe sont proposés par LES PETITS CAHIERS D'ÉMILIE

PRÉCIPITATION, PIED, VÉLO, ÉCLAIR, BOITE, COURIR, RISQUER, RALENTIR, TEMPS, REMÈDE, DILIGENCE, MINUTE et même le mot PÉDALE qui avait été perdu en route, sans doute celle du frein !

jeudi, juillet 09, 2020

Le fantôme de la bibliothèque


  • Mais vous avez beaucoup de retard, se plaignit le bibliothécaire du château, d’un ton réprobateur et inquiet, tout en s’épongeant le front. Je vous attendais la semaine dernière ! Le fantôme s’est manifesté toute la semaine, savez-vous ? Nos livres disparaissent un à un et…
  • Et depuis, plus rien ?
  • Non, sa dernière apparition date de dimanche, minuit..
  • Heure de Paris ?
  • C’est important ?
  • Et comment ! Une fois, j’ai attendu un fantôme toute une nuit et pendant ce temps là, il errait dans les couloirs du château Frontenac.
  • Bon, je vous laisse faire votre travail, dit-il en partant, une expression d’horreur sur le visage.

Il ment certainement, ai-je pensé. Je me suis mis à lire, ce que l’on fait habituellement dans une bibliothèque, et j’ai attendu, sans une once de peur.

Il régnait dans la bibliothèque, un silence de sépulcre que seul troublait le bruit assourdissant des pages lues que l’on tourne.
Dehors, le même silence étouffant des arbres au feuillage immobile. Nous étions au cœur de l’été et il faisait une chaleur toïde, sans le moindre souffle d’air.

On aurait entendu un gendarme passer dans les allées du parc.

Puis la porte de l’horloge comtoise qui ornait silencieusement un angle de la salle, en indiquant dix-neuf heures trente sept depuis plus de cinquante ans, émit un craquement et s’ouvrit en grinçant, laissant le passage à un ectoplasme blafard, vêtu d’une aube blanche.

Il fouilla dans les étagères et s’apprêtait à repartir par le même chemin avec un livre sous le bras lorsque je l’interpellai.

Mon étreinte le fit sursauter au point qu’il en perdit ses lunettes et il afficha cette stupeur caractéristique des animaux pris dans le pinceau des phares.

  • Tu peux te venter de m’avoir fait courir, vieux briscard, mais je te tiens enfin, dis-je en le prenant à bras-le-corps.

- Provisoirement, commissaire, provisoirement, crâna-t-il en m’adressant cette sorte de faible sourire que les gladiateurs romains adressaient à l’empereur avant d’entrer dans l’arène.

  • Comment avez-vous fait ? Me demanda le lendemain le bibliothécaire.
  • J’ai embrassé l’aube d’été, Rimbaudai-je*.
  • Ah ! Ah ! Vous pouvez dire, commissaire, que vous m’avez bien eu !
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* Cf. le poème de Rimbaud "Aube"

Les mots à placer : ALLÉE, PARC, CHÂTEAU, CRAQUEMENT, PEUR, ÉTREINTE, GRINCE et MENT.

jeudi, juin 25, 2020

Une liste hétéroclite


Le suppléant du hardier a troqué son chameau contre une mule haute comme trois pommes pour transporter un magot découvert dans une caverne. Il ne cesse d'en dresser la liste hétéroclite et consternante : rhododendrons dans un rhyton, radiateurs, etc. 
C'est sa nouvelle manie.

(Écrit pour Treize à la douzaine - Liste 32)

Les treize mots à placer : radiateur, rhododendron, chameau, pomme, suppléant, caverne, harder, mule, consternant, liste, rhyton, magot et manie (pour le thème).

samedi, juin 20, 2020

La petite pilule bleue


Oppressé, il se lève au milieu de la nuit, prend sa béquille -  un cadeau de la sécurité sociale - et descend à la cuisine.
Il ouvre une boîte à sucre en carton et avale une petite pilule bleue qui le ressuscite.
C’est sa boîte à outils. Sa boîte de pandore. Son secret !

Les dix mots à placer, exercice proposé par Les petits cahiers d'Emilie : PANDORE, BEQUILLE, NUIT, CADEAU, SECRET, SUCRE, CARTON, OUVRIR, OPPRESSER et OUTIL

vendredi, juin 19, 2020

Retour à l'anormal

Après le manque de masques et de gel, après des jours de vénération pour nos soignants et l’impossibilité de fleurir les tombes de nos morts, voici venu avec l’ouverture des écoles et des restaurants, le retour du capharnaüm pour lutter contre la sécheresse des effectifs de santé et obtenir des augmentations de salaires.

Les mots à placer :


Collecte n°51 d’Olivia : FLEURIR, CAPHARNAÜM, OUVERTURE, SALAIRE, VÉNÉRATION, SÉCHERESSE et MANQUE.


vendredi, juin 05, 2020

Étamine


L’autre jour, s’est présenté aux portes de la DicoDanerie le mot étamine. Il n’était pas seul.

Il concluait une lettre adressée par Gustave Flaubert le 9 janvier 1874 à Léon Carvalho, directeur du théâtre où devait se jouer sa pièce « Le candidat ».

Comme formule de politesse, Flaubert avait écrit : À vous, mon bon (quoi que – ou plutôt parce que – vous me faites subir de rudes étamines) Lire la suite


jeudi, juin 04, 2020

Le Paradis

Sortie du tunnel de lumière, elle touche le ciel et verse une larme de bonheur. Elle pourra témoigner de la pureté des anges aux ailes de velours, qui s’abandonnent à la flânerie sur les rivages d’ubéreux cours d’eau bordés de peupliers et qui regorgent de carpes, carreaux et autres séries de gardons et poissons rouges.

(Écrit pour Treize à la douzaine - Liste 31)

Les treize mots à placer : pureté, rouge, série, sortie, touche, verser, carreau, flânerie, rivage, ubéreux, velours, peuplier et témoigner.

dimanche, mai 31, 2020

Rocambolesque


(Le dernier mot entré à la DicoDanerie)

Etymologie : (XIX°) Emprunté au gréco-américain, de to rock « bercer, balancer » et bolos « motte de terre, masse en forme de boule ».

vendredi, mai 29, 2020

Les vendeurs de soupe

Je vous en prie, aidez-moi si vous avez quelques notions d’oniromancie, car depuis plusieurs nuits je fais le même cauchemar qui commence par l’annonce à la radio d’intoxications alimentaires dues à des soupes chinoises.

Une liste des soupes interdites est affichée régulièrement en même temps que les spots publicitaires à la télé, mais à la suite de décès en Mongolie inférieure une interdiction totale de manger de la soupe est mise en place.

Des brigades effectuent des contrôles à l’improviste chez les particuliers avec des chiens dressés pour sentir l’odeur de la soupe. Avant peu, les amendes pleuvent chez les soupeux. Les sans dents subissent la double peine et une amende forfaitaire majorée sanctionne la soupe à la grimace.

Les vendeurs de soupes sont rapidement au pied du mur, font faillite et sombrent dans la misère. En Ukraine, ils forment un groupe asymptomatique dit le gang des Borchtch* qui lance un trafic de soupes dans des sachets en polyéthylène téréphtalate mélangé à du polychlorure de vinyle. Il s’en suit un racisme soupatoire qui attise la chasse aux sales Borchtchs.

D’autres vendeurs de soupe entrent dans la danse et une partie de chaises musicales commence au Gouvernement qui n’a que de chimériques palabres à proposer comme remède, mais ne dit-on pas que les paroles ne salent pas la soupe** et que l’on vit de bonne soupe et non de beau langage*** ?

C’est grave docteur ?


Les mots à placer :

Collecte n°50 d’Olivia : LISTE, PALABRES, MISÈRE, MUR, ONIROMANCIE, CHIMÉRIQUE et DANSE.

* Soupe aux betteraves, choux et pommes de terre.
** Proverbe brésilien
*** Les femmes savantes (Molière)



dimanche, mai 24, 2020

Quiproquo

Un mot proposé par Ecri’Turbulente et reçu à la DicoDanerie

1/ - Onomatopée

Par laquelle on désigne le chant du "ciq"...


vendredi, mai 22, 2020

Le meunier et la plume sergent major


Je pourrais vous énerver en décrivant le caractère de ce meunier abstème qui, à l'auberge, après avoir bâfré goulûment, excellait à négocier sans faiblesse et avec patience son fricot pour trois fois rien ; mais ce serait manquer de courage de ma part, fuir mon rôle de vecteur de bonne humeur, et étreindre Dame Paresse avec son poil dans la main.

Je vais donc faire un effort et vous parler de la rentrée puisqu’il me restait ce dernier mot à placer*.

La rentrée me rappelle la plume sergent major. On ne finassait pas longtemps avec la plume sergent major. Il fallait lui obéir et faire les pleins et les déliés comme elle l’exigeait. À défaut, c’était le pâté assuré, la giclure, le dérapage ou la glissade incontrôlée sur le papier glacé.

Il ne fallait pas davantage la charger d’encre exagérément. La plume sergent major aime la légèreté. Elle se déleste rapidement sur votre cahier de la goutte excédentaire.

Écrire nécessitait par conséquent de nombreuses allées et venues de la plume entre le cahier et le petit encrier en verre ou en porcelaine blanche enchâssé dans le trou aménagé à cet effet à l’angle droit du bureau d’écolier.

Les premières lettres sont toujours bien grasses, et nécessiteront tôt ou tard la salutaire intervention du buvard. Puis, rapidement, les suivantes sont de plus en plus pâles jusqu’à devenir exsangues. Bientôt ne subsiste plus que la trace des deux pointes de la plume. Il faut la recharger en belle encre violette – avec modération - afin d’écrire quelques mots supplémentaires.

Pour ne pas imprimer ce que l’on vient d’écrire sur la paume de sa propre main ou lorsque l’on va tourner la page, l’intervention du buvard est obligatoire. Son maniement demande, lui aussi, beaucoup d’agilité et d’adresse.

Appliquer le buvard trop fortement sur l’encre risque de l’étaler autour de la ligne et de créer une brume violette sur le sujet, le verbe ou le complément. La plus grande retenue est de mise, et si le plein de la lettre est trop frais, il est recommandé d’utiliser un coin du buvard pour éponger les excès. Les déliés appellent moins de précautions mais ils sont si proches des pleins qu’on ne peut les ignorer totalement lors du traitement.

Tirer un trait sur le cahier à l’aide de la plume sergent major et la règle en bois exige un œil vif, une main sûre, du sang froid et une grande maîtrise de soi. Il convient, en effet, de maintenir un espace constant et régulier entre la plume et la règle. À défaut, l’encre en profitera pour inonder la règle ou, bien pire, s’infiltrer entre celle-ci et la feuille de papier.

Pour ne pas vous lasser davantage, je repose la plume dans le plumier. Mais attention ! L’encre sèche sur la plume et l’encrasse. L’usage du petit chiffon pour nettoyer la plume sergent major après la pose du point final est par conséquent fortement conseillé.

Toutes ces tracasseries expliquent la préférence de Gustave Flaubert pour la plume d’oie. Ces exercices de tortures ne sont plus pratiqués que par les amoureux de calligraphie.

Aucun doute, le passage de la plume sergent major au clavier d’ordinateur - en passant par le stylo à bille – fait partie des évolutions les plus spectaculaires vécues par les baby-boomers devenus… les boomers.




*Les mots placés dans les deux premiers paragraphes :

Les petits cahiers d’Emilie sur le thème de la FORCE : EFFORT, RENTRÉE, PATIENCE, COURAGE, FAIBLESSE, CARACTÈRE, POIL, VECTEUR, RIEN, ÉTREINDRE, EXCELLER et ÉNERVER.

Collecte n°49 d’Olivia : FRICOT, BÂFRER, ABSTÈME, FUIR, MEUNIER et NÉGOCIER.



dimanche, mai 17, 2020

Kimono

Un mot proposé par Ecri’Turbulente et reçu à la DicoDanerie

(Nom transgenre, totalement neutre - pluriel peu utilisé car trop singulier)

On a longtemps confondu lu Kimono avec la Chlamyde qui est une draperie portée par les hommes exhibitionnistes (cf. déf. du mot Chlamyde à la DicoDanerie). De là à prendre lu Kimono pour un vêtement, il n’y avait qu’un pas que bon nombre de grammairiens peu scrupuleux ont franchi sans se préoccuper si la soupe était froide...

vendredi, mai 15, 2020

Le prétexte


Son quotidien ?

Entreprendre de peindre par touches successives, en retenant sa respiration, les jonquilles de son jardin dans un vase de couleur brune.

Jamais satisfait et feignant la colère, le sot jette ses pinceaux et part faire la virée des grands ducs.

Jusqu’au lendemain.


Les treize mots à placer : virée, sot, les, colère, couleur, vase, respiration, part, brun, touche, entreprendre, jonquille et quotidien

De l'interprétation des rêves

Ils avaient mis toute leur ferveur dans la naissance de cette revue d’oniromancie.

Penaud, j'ignorais que rêver à trente cerises dans l’herbe, sous la vasque en ferraille d'une gloriette, signifiait se reconstruire au fil de l’eau.

Difficile à admettre !

(Écrit pour Treize à la douzaine - Liste 30)


Les treize mots à placer : fil, admettre, ferveur, revue, gloriette, herbe, cerise, trente, ferraille, penaud, vasque, reconstruire et naissance

lundi, mai 11, 2020

Hallucinant

Un mot proposé par Ecri’Turbulente et reçu à la DicoDanerie

(Adjectif phantasmagorique)

Mot né d’une légende datant de l’ère préhistorique et écrite sur un petit carnet à spirale, découvert dans une grotte proche de la rivière Awash en Éthiopie, il y a 3,2 millions d’années pour être précis...





jeudi, mai 07, 2020

Une mystérieuse machine


Cela faisait huit jours que Monsieur Wells était arrivé dans cet amour de petit village d’apparence calme et tranquille. La raison de sa présence était une incroyable lettre qu’il avait reçue la semaine précédente. Une lettre parlant d’une machine extraordinaire. De crainte de passer pour un pigeon, il menait sa petite enquête et s’était fait passer pour un écrivain, espérant atteindre son objectif avec cette couverture.

À l’auberge où il était descendu, les habitants racontaient d’étranges histoires de phénomènes paranormaux où les vivants flirtaient avec les morts dans une petite maison à l’écart, sur la route du cimetière. Sans doute des histoires d’espionnage et de trafics d’armes pensait Monsieur Wells.

Mais chez lui, la curiosité l’emportait toujours. Une maison aux volets bleus disait le billet, avec devant la porte, une cible et des flèches dans un fourreau. Il ne pouvait pas se tromper.

Après tout ce qu’il avait entendu, sa tranquille assurance se coupa d’un fort doigt d’inquiétude en appuyant sur la sonnette de la maison aux volets bleus.

Ce ne fut pas un doigt, mais la main, lorsqu’il entendit s’approcher un pas pachydermique derrière la porte qui s’ouvrit sur cent cinquante kilos de muscles briseurs de bascules publiques et d’intrus envahissants. Le colosse avait une grosse tête chauve et pâle, défigurée par un affreux rictus. Une tête à manger du verre pilé et à tuer les taupes avec les dents.

Ses craintes s’amplifièrent à la vue de la matrone à la poitrine fellinienne qui surgit derrière lui avec un masque au concombre sur la figure dont les rondelles se détachaient en laissant des empreintes jaunes. 

Elle lança dans sa direction une œillade mutine où frétillait la flamme vacillante d’une libido crépusculaire.

L’épine dorsale traversée par une onde de terreur, Monsieur Wells se concentra sur l’objet de sa visite. Pouvez-vous m’en dire davantage ? Demanda-t-il en extirpant la lettre de sa poche.

Le molosse tira l’écrivain à l’intérieur de la maison en explorant de son regard vitreux les alentours pour s’assurer que nul filou ne les espionnait.

Suivez-moi. Je vais vous montrer ma machine à remonter le temps, dit-il.



Les mots à placer :

Les petits cahiers d’Emilie sur le thème de la CIBLE : ATTEINDRE, CONCENTRER, OBJECTIF, TIRER, ARME, BLEU, PACHYDERMIQUE, AMOUR, DOIGT, FLÈCHE, FOURREAU et FLIRTER.

Collecte n°48 d’Olivia : COUVERTURE, ESPIONNAGE, TAUPE, FILOU, MASQUE, EMPREINTE et PIGEON.