dimanche, mai 06, 2012
Le pain rassis
mercredi, septembre 28, 2011
L'auberge du sable rouge
L'homme était davantage poète que commerçant et sa petite auberge n'était plus seulement au bord de la mer mais aussi de la faillite. Son regard quitta le tumulus à la terre fraîchement retournée, franchit la ligne blanche des vagues qui venaient mourir sur la grève, contempla quelques secondes de gros nuages noirs et menaçants, et s'arrêta sur l'enseigne lumineuse qui ne luminosait plus depuis bien longtemps au-dessus du portail : "Le sab.e roug.".
Il n'avait pas l'argent nécessaire pour remplacer les lettres manquantes. Cette situation le rendait malade et son moral était au plus bas, mais s'il utilisait le "e" de "sable" pour remplacer celui de "rouge" qui avait reçu la foudre, il ferait une économie substantielle. Evidemment, l'auberge du sable rouge s'appellerait désormais "L'auberge rouge", une bien triste référence, mais cela n'avait pas trop d'importance.
-- Alors, c'est fait ? Lui lança Paulette avec sa voix de rogomme.
Sa femme Paulette était une dangereuse émanation de l'enfer à la lèvre vénéneuse. Le voisinage la surnommait pot de cyanure et Antoine qui était criblé de dettes l'était aussi de honte. La Providence, en la plaçant sur son chemin, l'avais soumis à rude épreuve.
Il allait répondre lorsqu'ils furent surpris par le bruit d'une voiture s'arrêtant devant la taverne. Un événement devenu beaucoup trop rare. Un homme gros, gras, rougeaud et précédé d'une épaisse moustache se présenta sur le seuil tel le rhinocéros au point d'eau. Il commanda une assiette anglaise avec l'intention de poursuivre sa route sans tarder, mais alors qu'il s'apprêtait à le faire, la nuit tomba prématurément et un orage d'une rare violence éclata.
La grêle succédant à la pluie, Paulette suggéra à l'obèse d'abriter sa luxueuse limousine anglaise au nom de mammifère carnivore des régions tropicales, dans un hangar contigu et de rester dîner en attendant la fin de la tempête.
Ainsi fut dit, ainsi fut fait. Un plantureux repas fut servi au molosse, dans lequel Pot de cyanure infiltra une dose de drogue capable d'assommer un troupeau d'hippopotames.
Pris d'une soudaine lassitude, l'énorme demanda une chambre où il s'endormit sans avoir eu le temps de se déchausser. Midi sonnait au clocher voisin lorsqu'il ouvrit un œil.
Le soleil était revenu mais il ne semblait pas dans les habitudes de ce client de sauter un repas. Il en était arrivé au trou normand lorsqu'entrèrent deux créatures aux cheveux jaunes, aux seins démesurément rebondis, à la croupe exagérée, au teint plâtré de fard, aux yeux charbonnés, aux lèvres sanguinolentes, cloutées de piercings et sanglées en des robes extravagantes. On comprenait très vite que leur manque de candeur allait de paire avec une dose de péché originel bien supérieure à la moyenne.
Elles ne furent pas longues à entreprendre le molosse qui de toute évidence n'était pas insensible à leurs charmes puisqu'il demanda à conserver sa chambre pour une nuit supplémentaire.
Paulette, songeuse, se demandait comment cette force de la nature avait pu résister à sa pharmacopée cependant qu'Antoine calculait mentalement le prix de deux nuits et trois repas et…
C'est à ce moment-là que tout a basculé.
Alors que le trio se dirigeait vers les chambres, les créatures sortirent chacune de leurs accoutrements vestimentaires une paire de menottes qu'elles passèrent prestement aux deux tenanciers. L'homme gros et gras n'était pas seulement rougeaud mais aussi commissaire et annonça une perquisition et des fouilles approfondies. Les méthodes policières avaient décidément bien changé.
Il y avait déjà six cadavres sous le tumulus.
La petite histoire du noeud gordien
Nous étions un peu à l'écart, dans un endroit tranquille, pour jouer au docteur avec nos cousines, lorsque grand-père, du haut de son rocking-chair dont il était le seul à pouvoir s'extraire nous dit, tout en regardant le soleil disparaître derrière l'horizon : je ne laisserai pas cette journée du seize Septembre basculer dans celle du dix-sept sans vous avoir raconté cette histoire extraordinaire qui a commencé le vendredi seize septembre 1887.
La petite Chloé se rhabilla précipitamment et nous nous approchâmes de la chaise à bascule car les histoires de grand-père étaient toujours pleines de rebondissements et nous faisaient toujours emmagasiner de l'extase en grande quantité.
Nous étions partis d'Alexandrie, commença-t-il, bien équipés, avec une dizaine de porteurs. J'étais accompagné de deux vieux briscards de l'exploration et de mon neveu Paul. Après plusieurs semaines d'une marche harassante sur les traces des pharaons, nous luttions à grands coups de machettes contre un inextricable enchevêtrement de lianes pour nous frayer un chemin au cœur de la forêt vierge. Nous étions, une fois encore, à la recherche du nœud gordien et des sources du Nil. C'est alors que mon neveu dit "Mon oncle, savez-vous pourquoi je n'irai jamais en Afrique ?".
???
Je me disais bien qu'il y avait quelque chose qui clochait dans cette histoire. Nous n'étions pas en Afrique, et ce n'était pas le Nil. Peut-être le Brésil et l'Amazone grogna-t-il dans un grincement de rocking-chair. Ah, mais ça, la forêt vierge, j'en suis sûr. La terrifiante et fabuleuse forêt. Mais ce n'était pas celle d'Afrique puisque mon neveu n'est jamais allé en Afrique.
-- Et pourquoi n'iras-tu jamais en Afrique, mon Paul ? Lui demandai-je affectueusement.
-- Parce qu'il y a là-bas des Fermeurs d'Yeux.
-- Des Fermeurs d'yeux ? Répétai-je en le regardant comme un chiffre premier qui s'afficherait avec une virgule.
-- Oui, mon oncle, des Fermeurs d'Yeux.
Nous aurions pu ainsi répéter chacun à notre tour "des Fermeurs d'Yeux" encore une bonne douzaine de fois, lui avec une assurance granitique, et moi en me débattant dans le baquet du vif étonnement, lorsque, s'apercevant que je haussais une épaule ou deux, il jugea utile d'expliquer : Certaines tribus Africaines, particulièrement cruelles et superstitieuses, n'osent pas fermer les yeux de leurs morts et font appel à des Fermeurs d'Yeux.
La nouvelle me transforma en grenouille empaillée atteinte de laryngite. Ah ça ! Je connaissais beaucoup de métiers de par le vaste monde que j'avais parcouru en long et en large, mais c'était bien la première fois que j'entendais parler de "Fermeurs d'Yeux".
Et pour accroitre l'écarquillement des miens, Paul ajouta : Un tueur professionnel aux narines incandescentes ferait figure d'enfant de cœur à côté de ces Fermeurs d'Yeux dont l'unique occupation est de fermer les yeux des autres, au point qu'ils sombrent rapidement dans l'accoutumance et la maniaquerie…
Il termina sa phrase, la tête séparée de son corps, car il venait d'être coupé en deux par une antique épée récupérée par le chef d'une communauté de Jivaros particulièrement sanguinaire. Ils prétendaient qu'elle avait appartenu à Alexandre le Grand et avait servi à trancher le nœud gordien. Voilà qui coupait court à nos recherches.
Je peux vous dire sans forfanterie, les enfants, que cette fois-là, j'ai eu beaucoup de chance de m'en sortir car ces tribus pratiquent couramment l'énucléation, la castration, l'éviscération et la réduction crânienne. Je vous conterai ça une autre fois.
Pauvre Paul. C'est moi qui lui ai fermé les yeux.
Grand-père avait toujours de belles histoires à nous raconter.
lundi, août 01, 2011
Concentré
Le commissaire Well avait un pouvoir de concentration hors du commun lui permettant de concurrencer les passe-murailles et autres hommes invisibles qui défient sciences et consciences.
Ainsi suffisait-il de lui donner les noms des suspects et leur emplois du temps pour que dans l’heure il découvre le coupable. Les petites cellules grises d’Hercule et les déductions de Sherlock pouvaient aller se rhabiller.
Penché sur les fiches signalétiques, il se concentrait, se concentrait et se concentrait encore jusqu’à disparaître complètement et ne laisser sur son siège qu’un vulgaire billet sur lequel était inscrit le nom recherché. Si le post-it était vierge, la liste des suspects était à revoir.
Inutile de dire que plus d’un criminel a essayé de le faire disparaître, mais il est difficile de faire disparaître quelqu’un qui s’en charge lui-même.
Les canards ne font pas la manche
J'attendais cette phrase, mais je ne pus m'empêcher de sursauter car je pensais qu'elle serait dite par l'un de ces agents passe-muraille, parfaitement quelconques au premier coup d'œil et extraordinairement ordinaires en y regardant de plus près.
A la place se trouvait une créature svelte, fine et équipée à profusion de cheveux dorés et de rouge à lèvres. Je n'osais la regarder, craignant de me mettre dans des états dont la description me ferait traîner en justice.
"Sauf le samedi et le dimanche", lui répondis-je en n'utilisant que le côté bâbord de mon orifice buccal.
Après ces paroles de reconnaissance, la créature s'assit en face de moi et il me fallut bien me rendre à l'évidence, l'ange n'était pas si diaphane que cela. Le soleil disparut de son visage et elle me regarda avec des yeux noirs de rapace, froids, durs et sardoniques.
Ce n'est pas visible en surface, mais je suis un profond penseur et je compris que cette personne, non contente de faire pâlir l'astre du jour, ne devait pas manquer de temps à autre de plonger quelques malchanceux dans un océan de malheur.
Je décidai par conséquent d'en finir au plus vite. Avec ma tête à écarter les soupçons, je suis facilement la tasse de thé de n'importe qui, mais vous seriez surpris de voir à quel point je suis déterminé à sauver l'humanité quand les circonstances l'imposent.
Je poussai mon sandwich devant la créature. Elle y trouverait le microfilm entre le beurre et le jambon.
Ou l'inverse.
dimanche, juin 27, 2010
Paulette (ou Le Grand Safari Urbain)
Vous me connaissez : la chasse, c’est ma vie. Mais attention ! La vraie ! Celle qui protège les espèces et élimine les nuisibles.
Je suis toujours à la recherche de parties de chasse et de safaris. Malheureusement, ils ne sont pas tous bien organisés et j’en connais qui en ont bavé de toutes les couleurs. Quand celui qui rit le dernier a bien fini de rire, plus personne ne rigole plus, si vous voyez ce que je veux dire. Safari plus du tout, et là, c’est la goutte d’eau qui met le feu aux poudres.
Alors, quand Fredo m’a parlé d’une annonce de GSU, je suis allé voir sur place à l’agence car il est tellement menteur que je ne crois même pas le contraire de ce qu’il dit. Pour une fois, il avait raison. Il s’agissait d’un Grand Safari Urbain super bien organisé. Nous étions libres de notre parcours et ceux qui n’avaient pas d’objectifs précis pouvaient se rendre jusqu’à des réserves aménagées à leur intention avec le plus grand soin. On peut dire que c’était une agence qui avait de l’imagination dans les idées.
Vous pensez si j’ai sauté sur l’occasion. Il m’ôtait une fière chandelle du pied, le Fredo.
Nous avons passé une excellente journée et, somme toute, une journée très profitable pour tout le monde. J’avais rameuté tous les potes et nous étions bien une dizaine de quat-quatre à démarrer rue de la Faisanderie. Après un désopilant gymkhana sur les trottoirs en essayant d’éviter les poubelles et les personnes âgées, nous sommes arrivés à notre première réserve.
L’agence avait laissé le choix. Soit on cherchait à descendre des cons ou des imbéciles de nos connaissances, soit on faisait des cartons dans les réserves de cons préparées par l’agence. J’avais d’abord pensé à Paulette. Depuis le temps que je cherchais à débarrasser l’humanité de cette hyène. Mais c’était trop difficile de retrouver Paulette dans le temps imparti. C’était comme chercher une meule de foin dans un champ d’aiguilles. Alors, j’ai opté pour les réserves. Ainsi, j’espérais descendre le maximum de cons.
Faut reconnaître que l’agence avait bien fait les choses. La réserve était pleine. Oh, bien sûr, y avait pas tous les cons. Comme disait feu mon père qui était portier (le malheureux s’est tué en nettoyant son fusil), si on mettait tous les cons dans un placard, il n’y aurait plus personne pour fermer les portes. Malgré tout, il y avait un bel échantillonnage avec tous les gabarits. Il ne restait plus qu’à se retrousser les bras et à tirer dans le tas.
Vous auriez vu le carnage. Un régal. Y avait bien des moins cons qui essayaient de s’échapper mais c’est pas à un vieux renard qu’on apprend à faire la limace.
Et vous n’allez pas le croire : Paulette était dans la réserve !
La cerise qui fait déborder le vase.
La cabane
La coutume familiale voulait que chaque été je passe un mois à la campagne chez ma grand mère. Elle habitait une petite maison à l’écart d’un minuscule village perdu dans un repli du massif central. Elle était enveloppée de silence que seuls troublaient le chant du coq et le grincement de la bicyclette du facteur.
Il y avait au fond du jardin une cabane en bois d’aspect tout à fait ordinaire. Elle ressemblait à s’y méprendre à ces cabanons où il était d’usage de satisfaire les besoins de la nature avant l’invention de la chasse d’eau.
Peu de gens s’en approchaient car, si elle avait perdu sa fonction première, du moins le supposait-on étant donné l’énorme cadenas vert qui en interdisait l’accès, il n’en émanait pas moins, été comme hiver, une forte odeur rappelant plus l’épandage fertilisateur que l’élevage des canards vécés.
Une nuit d’insomnie et de canicule, j’aperçus un halo de lumière semblant venir du cabanon, mais lorsque je m’y rendis il ne restait plus que cette terrible odeur qui me fit rebrousser chemin.
N’y tenant plus, malgré une opiniâtre constipation , je décidai de percer ce mystère et surveillai les allées et venues de grand mère afin de savoir où elle cachait la clé du cadenas vert. Il me paraissait en effet impossible de pénétrer à l’intérieur du cabanon sans ce précieux accessoire.
Après deux semaines de vaine surveillance, je décidai de lui demander, sur un ton désinvolte et désintéressé pour ne pas éveiller ses soupçons, où se trouvait la clé du cabanon.
Grand mère me répondit qu’on ne l’avait jamais retrouvé et que le cabanon n’avait jamais été ouvert depuis le départ de grand père sur le front russe.
Les faits étaient largement antérieurs à ma naissance. Du coup, ma curiosité se mit à déborder comme une casserole de lait oubliée sur le feu. Comment était-il possible que le cabanon n’ait jamais été ouvert depuis le départ de grand père ? Personne ne s’intéressait donc à ce qu’il pouvait contenir ? Il n’était pas surprenant, dans ces conditions, que les herbes qui l’entouraient soient complètement folles. Folles de curiosité, à n’en pas douter.
Retenant ma respiration durant d’interminables secondes, je me mis à rôder autour de cette cabane et la fixais longuement en espérant que cela suffise pour en percer le secret.
La toiture était faite d’une plaque de tôle ondulée. Je constatai avec stupeur qu’elle laissait filtrer une lumière intérieure. Une lumière aux reflets changeants. Je ressentis des frissons le long de l’épine dorsale et des picotements sur la nuque.
Je tambourinai sur la porte en demandant courageusement s’il y avait quelqu’un. Le cadenas vert qui n’était que rouillé et non verrouillé tomba sur le sol. Je tirai sur la poignée qui me resta dans la main. Les WC étaient fermés de l’intérieur.
Terrorisé, je couru jusqu’à la maison et c’est généralement à ce stade de mon récit que les lecteurs me font passer pour fou.
Lorsque je racontai à grand mère ce qui m’était arrivé, elle partit d’un énorme rire démoniaque et il sortit de ses yeux et de sa bouche une lumière phosphorescente qui lançait ses rayons mortels au travers de la pièce. En même temps, et cela ne peut pas s’inventer, les lettres H et A de son rire sortaient de sa bouche et venaient se fracasser sur le sol dans un bruit d’enfer...
Je courus à travers la pièce pour éviter les rayons qui sortaient de ses yeux et brisaient tout sur leur passage comme des rayons laser. Je sortis et retournai au cabanon pour fuir cette mamie apocalyptique qui me poursuivait en semant autour d’elle les H et les A de ses HA ! HA ! HA ! HA ! HA !
Son regard coupa en deux la porte du cabanon plus rapidement qu’une scie circulaire et je basculai à l’intérieur de cette cabane qui n’avait pas de plancher.
Ma chute fut brutale. Je me relevai péniblement pour stopper la sonnerie du réveil.
samedi, janvier 30, 2010
Cimetier's killer
J’hésitais car je ne lui faisais pas confiance plus loin que je ne puis jeter un éléphant.
Un vent glacial s'infiltrait partout et on avait l'impression qu'une horde de loups affamés rôdait aux alentours. Je frissonnais.
─ Allez ! Suivez-moi ! Dit-il. Vous vouliez voir le cimetière des bonnes intentions ? Je vais vous le montrer.
Une bourrasque de vent s'engouffra dans sa houppelande aux allures de linceul sur laquelle la flamme jaune et vacillante de sa lanterne faisait remuer des ombres suspectes.
Toujours sur mes gardes, je me décidai à le suivre car il est des devoirs de curiosité qu’on ne peut se dispenser d’accomplir. Après avoir descendu un chemin rocailleux, il poussa enfin la grille grise et grinçante du cimetière.
Il connaissait parfaitement l'endroit et se dirigeait sans hésiter entre les tombes pour s’arrêter bientôt devant une crypte gothique ornée de nombreuses gargouilles cauchemardesques qui s'appuyaient sur des crânes probablement d'origine humaine. L’endroit était fantastiquement lugubre et désolant.
Pourtant, je ne pus retenir un gloussement en lisant l’épitaphe : « Revenez quand vous voulez. Je ne bouge plus d’ici. »
Il sursauta et me lança un regard froid et réprobateur… celui qu’un tatillon qui n’est pas amateur de chenilles adresse à celle qu’il vient de découvrir dans son assiette de salade.
Derrière lui, une ombre fantomatique apparut et je crus défaillir avant de comprendre que c’était la mienne.
─ Il faut redonner vie aux cimetières, sinon un jour les gens refuseront de mourir, lui dis-je, pour me donner une contenance et détendre l’atmosphère.
Je décelai dans son regard l’amorce d’un soupçon concernant la stabilité de mon équilibre mental. De toute évidence, il ne me situait guère au-delà de l’orang-outan sur l’échelle de l’évolution.
Il eût un rire sarcastique intérieur qui m’aurait sans doute impressionné s’il avait été extérieur, mais mon attention était davantage concentrée sur le sourire méchant figé au coin de sa bouche cruelle et ridée.
Il me toisa de haut en bas, suggérant implicitement que c’était des types comme moi qui causaient la moitié des problèmes de l’humanité et susurra entre ses gencives édentées que dans tout vivant il y avait un mort qui sommeille.
Sur ce point, je ne pouvais le contredire, étant donné que nous étions entourés de signes extérieurs de vieillesse, de gens qui avaient passé l’âme à gauche et de champions de l’apnée.
J’approuvai en lui confirmant que même ceux qui ne sont pas des lumières finissent par s’éteindre.
Il partit d’un long rire bas et amer et me faisait penser à ces meurtriers qui se sentent inutiles lorsqu’ils n’ont personne à tuer.
Il regarda autour de lui avec un air de conspirateur et plongea la main dans sa poche.
Je ne souhaitais pas que ce cimetière soit ma terre promise et je n’avais pas envie de faire une croix sur ma vie. Si un homme averti en vaut deux, un mort averti fera toujours moins un.
Je lui sautai dessus avec la ferme intention d’en faire un nœud et nous roulâmes en une masse grouillante sur le sol.
J’avoue que j’étais prêt à lui ouvrir des droits à la charité en le gratifiant d’infirmités supplémentaires. Je lui saisis le bras qu’il venait de plonger dans sa poche avec une telle violence qu’il perdit dans l’instant une fraction non négligeable de sa capacité à traverser l’atlantique à la nage. Il émit quelques protestations inarticulées mais lorsque je suis dans cet état d’énervement, vous ne pouvez pas m’arrêter avec des protestations inarticulées.
Je ne sais si vous avez jamais essayé de faire lâcher sa proie à l’homme des neiges, probablement pas, car peu de gens en dehors de Tintin en ont eu l’occasion, mais, si vous l’avez jamais fait, vous vous êtes sûrement attendu à un geste de mécontentement de la part du migou.
Celui-ci était particulièrement mécontent et son regard prit cet éclat que j’ai parfois entendu qualifier de vitreux. Il réussit à sortir de sa poche un bout de papier qu’il me lança.
C’était un ignominieux parchemin sur lequel était inscrite une liste de péchés épouvantables, une sorte de calendrier du crime.
─ Je vais pouvoir y ajouter le vôtre, dit-il. Et sa voix ressemblait aux soupirs du vent qui errait en gémissant comme une âme en peine.
Le ciel est couleur du miel
Enfin, couleur du miel liquide, parce qu’il fait une chaleur toïde sans le moindre souffle d’air.
Ernest est assis sur une chaise de jardin. Dans son jardin. Il faut dire, pour la bonne compréhension du récit, qu’il n’utilise ses chaises de jardin que dans le jardin. A l’intérieur, il a d’autres chaises. Bon, d’accord, peu importe.
Ernest somnole avec un chapeau de paille sur la tête. Ainsi, il ne risque pas l’insolation. Du moins, le pense-t-il. Il ne se soucie pas d’avantage de la vipère qui s’approche silencieusement de son pied. Ni de l’orage qui va éclater d’un instant à l’autre. Le ciel est noir du côté des vignes, mais Ernest somnole et ne voit rien de tout cela. Il rêve.
Il rêve aux ruches de son enfance, quand il accompagnait son papa pour vérifier le travail des abeilles. Les abeilles sont travailleuses, mais vois-tu, Ernest, lui disait son papa, il faut les surveiller. On a déjà vu des ruches à côté desquelles la maison de Monsieur Capharnaüm paraitrait un modèle de rangement. D’autres ressemblent à de vrais lupanars. On ne sait pas tout de la vie sexuelle des abeilles. Certaines sont particulièrement dépravées et mènent une vie à côté de laquelle celle de Patachon en personne aurait semblé une véritable existence monacale. Hein ? Bon d’accord, peu importe.
Il rêve aux ruches de son enfance parce que le ciel est couleur du miel et qu’il sent le miel. Une personne trop affairée ne sent pas ces choses-là mais une personne qui somnole, si.
Ernest est tellement bien dans son rêve qu’il n’entend pas les petits cris de Ginette qui le trompe avec Roger. Entre Ginette et Roger, ce fut le coup de foudre. Le coup de foudre a ceci de particulier, qu’il autorise ceux qui s’en trouvent atteints, à brûler les étapes du flirt dans de prodigieuses proportions, et ce sans que personne y puisse trouver à redire. Sauf Ernest, bien entendu. Je ne sais si vous avez déjà vu « la femme de Feu », mais à côté de Ginette, la femme de Feu ferait plutôt penser à un pâle iceberg. Oui, bon, d’accord.
Quant à Roger ! Il y aurait beaucoup à dire sur Roger, mais là, je n’ai pas le temps.
Où en étais-je ? Ah, oui ! La foudre.
Lorsque la foudre claqua, un coup de tonnerre d’une rare violence fit trembler toute la vallée. Ernest tomba de sa chaise. La vipère, étonnée, changea de direction et pénétra dans la maison.
En rentrant chez lui, Ernest trouva Ginette complètement déshabillée par la violence du choc. Il en était de même de Roger, venu pour lui rendre visite. L’énergie électrique les avait précipités pêle-mêle sur le lit.
Enfin, c’est ce qu’a dit Roger avant d’être mordu par la vipère.
Quand il reviendra de l’hôpital, s’il revient, Ernest compte bien lui demander des précisions sur cet étrange phénomène.
mercredi, janvier 13, 2010
J'aime venir ici
Il en est même qui s'entichent de mon écriture.
Elle chatouille leurs désirs, calme mes paresses et me remplit de volonté.
mercredi, janvier 06, 2010
Les bonnes résolutions de Monsieur Pierre
Ainsi, lui faudrait-il encore travailler durant cette nouvelle année !
Ce n’était pas ce qu’il avait espéré de mieux, mais avait-il le choix ? Il s’était posé la question devant son miroir, sans se voiler la face, et en toute franchise, il s’était répondu que non. Non, il n’avait pas le choix.
En conséquence, il se rendrait à son bureau, situé à l’autre extrémité de l’avenue, pour aligner une année de plus, des chiffres, des millions, des milliards, de sa petite écriture de pattes de mouches que même les mouches les plus perspicaces n’arrivaient pas à lire.
Mais pour que cette année ne ressemble pas tout à fait aux précédentes, il avait dressé une longue liste de résolutions qu’il s’était promis de respecter à la lettre.
Il allait d’ailleurs mettre à exécution, sans plus tarder, la première d’entre elles puisqu’il s’agissait de se rendre à son bureau en empruntant le trottoir de droite alors que jusqu’ici il n’avait connu que le trottoir de gauche.
Il avait sans doute fait ce choix par prudence, car pour atteindre le trottoir de droite, il lui fallait d’abord traverser l’avenue très fréquentée à un endroit dépourvu de passage pour piétons, mais d’un autre côté (et c’était le cas de le dire) le trottoir de droite était beaucoup plus distrayant et sympathique.
En empruntant le trottoir de droite, il n’aurait plus à longer le cimetière, lugubre malgré son manteau blanc, et ne verrait plus la mine austère des concierges moustachues qui ne le saluaient même pas.
Il s’engouffra donc dans l’avenue comme une puissante bourrasque et rejoignit l’autre côté, transporté par un vigoureux et glacial vent arrière.
Il se trouva ainsi du côté des numéros pairs et se dit qu’il préférait les pairs aux impairs. Il n’aurait plus de questions à se poser sur le vieillard du 341 qui paraissait mort derrière sa fenêtre, mais qu’il n’avait jamais signalé aux pompes funèbres en raison de son altercation avec le croque-mort. Un réunionnais réunioniste au Q.I. à deux chiffres, qui lui proposa un jour de l’enterrer gratuitement, s’il était d’accord pour que cela se fasse le jour même.
Sans parler de Monsieur Thoutmosis, gardien de nuit dans un musée de cire, qui rentrait se coucher à l’heure où lui se rendait à son bureau, le faisant sursauter chaque fois qu’il croisait sa face de momie égyptienne.
En revanche, il avait pu remarquer que le long du trottoir de droite habitaient plusieurs déesses véritables ayant pris forme humaine.
Il pouvait constater aussi que le côté droit de l’avenue était beaucoup plus animé. On y effectuait des travaux d’embellissement et les gens avaient plaisir à y emménager.
D’ailleurs, tout le monde, en cet instant, était fasciné par la délicate ascension d’un piano à queue jusqu’au huitième étage d’un immeuble.
C’est à ce moment précis que Monsieur Pierre, distrait, tomba dans un trou de deux mètres et fut immédiatement recouvert par trois tonnes de ciment bien frais, à prise rapide. Il avait le poing serré sur une liste de résolutions qui ne seraient jamais tenues.
mercredi, décembre 02, 2009
La lettre
J’étais au fond du jardin en train de biner et j’eus tôt fait de planter là mon binage inutile. De toute manière, ce n’était pas la saison pour biner. Je lui avais dit : On ne bine pas en automne mais au printemps ou en été. C’est vrai, quoi, il est préférable de biner un jour de soleil quand la rosée s'est évaporée, et pas un jour de pluie, quand les feuilles se ramassent à la pelle. Mais allez lui faire comprendre ça !
J’ai vu la lettre immédiatement en pénétrant dans la cuisine.
─ Essuie tes bottes me dit ma mère, comme s’il n’y avait rien de plus important, même le jour où la lettre arrive enfin.
Elle était là sur la table, adossée à un pot de confiture de groseille et semblait m’appeler.
C’était bien celle que j’attendais. Je l’aurais reconnue entre mille. Elle utilisait toujours les mêmes enveloppes à fenêtre. Une coquetterie qui me la rendait si familière. C’était un peu comme si elle me guettait derrière les vitres et me disait : tu vois, je suis là. Je ne suis pas dans tes bras, hélas, mais ouvre l’enveloppe et cela nous rapprochera. Je t’aime tellement. Je ne peux rien faire sans toi.
Je saisis l’enveloppe mais ne l’ouvris pas tout de suite. Il est des instants dont il est si bon de suspendre le vol, comme dit le poète. Je la portai à mon visage, à la recherche de son parfum subtil que je reconnus immédiatement. Ah ! Comme c’est bon de recevoir une lettre. Tous ces e-mails qui inondent nos BAL électroniques nous privent d’un plaisir irremplaçable.
N’y tenant plus, j’ouvris délicatement l’enveloppe avec le couteau posé sur le pot de confiture.
Je le regrettai aussitôt car de la confiture de groseille encolla la belle missive – deux pages écrites recto-verso – Non, vraiment, elle ne s’était pas moquée de moi.
Je lus attentivement les parties sans confiture. C’était incroyable. Je n’en revenais pas. Je relus plusieurs fois pour m’assurer que je n’étais pas le jouet d’hallucinations. Tout semblait normal cependant.
Ma mère s’était rendu compte que j’avais les yeux sortis de la tête comme ceux d’un escargot.
─ Que t’arrive-t-il ? Me dit-elle. On dirait que tu as reçu un grand coup de chaussette remplie de sable mouillé dans la figure. Tu verrais ta binette !
─ Laisse ma binette au fond du jardin, répondis-je vertement. La taxe d’habitation a augmenté de huit pour cent !
mardi, novembre 24, 2009
Le scénario
Au moment de la sortie du film RTT, je te propose, ainsi qu’à la vénérable institution des Impromptus, le scénario d’un court métrage intitulé GVV, avec possibilité d’une version longue et d’une série télévisée en 32 épisodes et demi. Echappe-toi une minute aux étreintes de la famille pour en prendre connaissance, toutes affaires cessantes.
GVV
L’histoire commence le vingt-trois novembre au trente deuxième étage d’un building new-yorkais. Comme chaque matin, William va répéter avec son ami pianiste et constate avec stupeur que son Stradivarius a disparu.
Il en avise son épouse Joan qui avait entendu parler d’une secte d’éradication des violons de la surface de la terre : le GVV, le Gang des Voleurs de Violons.
Joan se rend immédiatement chez le commissaire de Bavoir qui traque sans merci depuis plusieurs années le GVV. Celui-ci demande à son adjoint Sate de mener l’enquête. Sa fille Simone, amoureuse dingue de l’inspecteur, l’accompagne.
Pendant ce temps-là, dans un petit village du Mexique, un abbé quitte sa paroisse après la confession d’un de ses paroissiens. Les autorités vaticanes, interrogées par les journalistes, se réfugient dans le silence. Dans ce village, une fille a été assassinée d’un coup de violon derrière la nuque et les habitants font croire à l’autorité locale qu’il est le responsable alors qu’il est innocent.
A New-York, Joan apprend que dans un manoir de la Caroline du Nord, on a découvert quatre corps ensanglantés à côté de violons totalement détruits. Elle en informe l’inspecteur Sate et Simone de Bavoir qui se rendent compte qu’il ne s’agit pas là d’un cambriolage qui a mal tourné mais de l’œuvre d’un psychopathe qui est prêt à recommencer.
Heureusement, dans aucune des deux affaires, il ne s’agit du violon de William.
L’inspecteur Jean-Paul Sate décide tout de même de surveiller le manoir.
Après une semaine de planque, le portable de Jean-Paul vibre.
On a trouvé à l’abbaye Sainte Marie de la Pierre qui Vir, en France, au cœur de la Bourgogne, dans les forêts du Morvan, un violeur avec un archet planté dans la poitrine, lui dit le commissaire. A côté de lui se trouvait le cadavre d’un enfant de quatre ans qu’il venait de tuer et auquel on avait prélevé le cerveau. Vérifiez s’il existe un lien entre toutes ces affaires et trouvez le chirurgien hurle de Bavoir.
Jean-Paul se rend sur place, prend la sortie Bierre-les-Semur, suit Précy-sous-Thil, Rouvray et enfin Saint-Léger-Vauban avant de bifurquer sur La Pierre-Qui-Vir. Là il rencontre l’abbé Diego qui avait quitté le Mexique. Il arbore une magnifique casquette rouge.
L’abbé lui parle d’une série de morts mystérieuses apparemment provoquées par des piqûres d’abeilles mais qui seraient le fait de psychopathes, sociopathes, névropathes et marginaux à la dérive et aux motivations psycho-sexuelles, qui sévissent dans les HLM. Il affirme qu’il existe en effet des camps de concentration déguisés en cités de transit comme les HLM (Horizontaux Logements Mortels). Ces meurtriers seraient des créatures de l’espace qui étendent leurs ramifications destructrices jusque dans les plus hautes sphères de l’Etat. L’humanité ne serait qu’un échiquier servant de cadre à la lutte de pouvoirs que se livreraient des êtres supérieurement doués. Des compositeurs de ragtime.
Il invite Jean-Paul Sate à se couvrir le chef d’une casquette rouge, comme lui, afin de se protéger des rayonnements psychiques.
Jean-Paul se sent vidé. Il rejoint la chambre de son hôtel et constate qu’un violoniste a vidé ses armoires et ses tiroirs de tout ce qui s'y trouvait. Même le propriétaire de l’hôtel a été vidé de son sang.
Jean-Paul Sate et Simone de Bavoir informent le commissaire et Joan de leurs découvertes.
Le commissaire dit qu’il comprend.
L’inspecteur comprend pourquoi il n’est pas commissaire.
Simone avoue alors à Jean-Paul qu’elle a fait un rêve monotone à Manhattan. Elle voyait régulièrement dans son rêve une étrange maison où les femmes se faisaient massacrer à coup de Stradivarius. Cette maison était en Caroline du Nord.
Jean-Paul Sate et Simone de Bavoir rentrent à New York.
Le commissaire est affolé et crie aux revenants. Ils sont en effet censés être morts dans un accident d’avion depuis plus d’un an.
Jean-Paul achète deux casquettes rouges pour le commissaire et lui-même.
Pendant ce temps-là, l’ami de William se plaint de la sonorité de son piano. L’accordeur arrive et découvre le Stradivarius à l’intérieur.
Depuis, ils jouent toujours avec les volets de l’appartement baissés et le commissaire ne quitte plus sa casquette rouge.
Jean-Paul Sate et Simone de Bavoir se marient. (Mais ça, tu le savais déjà !)
oOo
Voilà, cher William. J’espère que tu retiendras mon scénario. En attendant cette heure bénie, tends-moi ta main que je la serre avec une énergie pleine de reconnaissance anticipée.
jeudi, octobre 29, 2009
Le mot interdit
Correspondant à la chose
Et s’il voulait faire la chose
Il ne pouvait prononcer le mot.
Ne pouvant proposer la chose
Sans utiliser le mot,
Il devait trouver autre chose
Qui remplacerait le mot.
Pour vous dispenser du mot
Lui souffla un souffleur,
Dites-lui avec des fleurs,
N’ajoutez pas un mot.
Il ne fit pas à demi les choses.
A fleur de peau, à fleur de mots,
A force de faire la chose,
Il en conçut plusieurs marmots.
samedi, octobre 24, 2009
Au pays de l'imagination
Ils étaient tous suspendus à ses lèvres, fascinés et perplexes. Le vieux Fred ouvrit la bouche sans s’apercevoir que ses dents du haut, qu’il avait depuis maintenant presque deux ans, tombaient par terre avec un bruit sec.
Arthur, comme à l’accoutumée, souriait bêtement en ouvrant sa bouche édentée, au point que les autres pouvaient voir son sourire jusqu’à l’occiput.
Le timide Paulo restait coi, la bouche pleine des questions qu’il n’osait pas poser.
Ludvig, dont la curiosité était à deux doigts de la déflagration, tomba de son tabouret lorsque le balancier de l’horloge lâcha prise et rendit l’heure.
Tous attendirent avec anxiété qu’elle ait vomi ses douze coups de minuit.
─ Mais pourquoi François ne lui a-t-il pas lancé la bouée ? Finit-il par demander, en remontant sur son siège.
Le vieux loup de mer vers lequel tous les regards étaient tournés, se lécha la bouche pour enlever un peu de sauce égarée dans sa barbe, saisit son verre, but lentement, s’essuya méticuleusement, rota discrètement, leva non moins discrètement la fesse gauche pour exfiltrer un gaz intempestif puis contempla attentivement le bois de la table jusqu’au moment où il sentit l’atmosphère sur le point d’exploser.
─ Il n’y avait pas de bouée.
─ Pas de bouée sur un aussi beau bateau ! S’étonna en chœur l’auditoire sur un ton de reproche panaché d’incrédulité.
Le capitaine ralluma une fois de plus sa pipe en écume dont les volutes dessinaient des têtes de morts dans l’air surchauffé.
─ Non. C’était un magnifique voilier bleu dont les cinq voiles s’imbriquaient les unes dans les autres, mais il n’avait pas de bouée. Aucune bouée. François chercha cette bouée introuvable et pendant ce temps-là, Sophie se noya.
François venait de démontrer que l’obstination est le parent pauvre de la volonté.
Cette histoire paraissait totalement invraisemblable.
Le vieux Fred savait que le capitaine Mouche était un grand voyageur au pays de l’imagination.
Ce jour-là, il trouva sur la chaise qu’il venait de quitter un billet froissé sur lequel était écrit :
Qu’est-il arrivé à Sophie ? Elle est tombée à la mer
Pourquoi pareille mésaventure lui arrive-t-elle ? Parce qu'elle se penche trop au dessus du bastingage.
Quelles qualités lui manquent encore ? Aucune. Elle s’est noyée.
Comment nommer l’attitude de François ? Obstinée.
Que prouve la dernière phrase ? Qu'à force de chercher l’introuvable, on finit par rater l’essentiel.
lundi, septembre 14, 2009
L'heure la plus courte
Ben, vrai de vrai, René lui a lancé les clés à 2 heures et Paul les a attrapées à 3 heures. Bourré complet qu’il était.
Après, il a dit que c’était pas vrai ; qu’il n’avait bu que de l’eau ; qu’on était le dernier dimanche de mars et qu’on venait de passer à l’heure d’été.
Sur un banc
Oui, c’est ça. J’étais assis sur un banc, dans un parc. Je ne me souviens plus du nom de ce parc, mais c’était un parc. Et j’ajouterai pour les inquiets, les soucieux, les tourmentés, les insatisfaits et les perfectionnistes que le nom du parc n’a absolument aucune importance pour la bonne compréhension de ce qui va suivre. Non, les causes de l’incompréhension seront beaucoup plus profondes. Croyez-moi sur parole. Mais, je n’en dis pas plus à ce stade (Je viens à peine de commencer) pour préserver le suspens de cette histoire qui, je l’avoue bien volontiers, est assez insoutenable. Le suspens, pas l’histoire.
Quoique.
Donc, j’étais là, assis tranquillement, en train de fumer, lorsque… Non, je ne fumais pas. Cette aventure (Car c’en est une. Hou ! La la, oui.), cette aventure, dis-je, m’est arrivée il y a un mois ou deux et voilà quinze ans que je ne fume plus. Donc, je ne fumais pas. C’est impossible. Des fois, je vous jure. Enfin, c’est ainsi et je n’y peux rien.
Où en étais-je ? Si vous cessiez de m’interrompre à tout moment, j’aurais plus de suite dans les idées. Ah, oui. Je ne fumais pas (évidemment), je lisais. Ou, plus exactement, je tenais un livre à la main. Non, ça, je ne lisais pas. C’est impossible. D’ailleurs je ne sais plus lire depuis quelques jours, mois, années. Enfin, depuis pas mal de temps. Je ne sais plus exactement. Et je me demande encore pourquoi je tenais ce putain de livre. Parce que pour un putain de livre, c’était vraiment un putain de livre. Incompréhensible. Enfin.
Donc, charmantes lectrices et lecteurs perspicaces, je pense qu’à présent, vous situez bien la scène, le banc, le parc, le (putain de) livre… Je vous ai brossé le décor, faute de mieux. Je continue.
Dans toute cette histoire, la seule chose absolument certaine (quand j’y repense), c’est que j’avais l’esprit ailleurs. La tête dans les étoiles, si vous préférez. Ce terme est plus approprié car je pensais précisément à ces astronautes que l’on entraîne actuellement en Russie et aux zussas pour voyager dans l’espace. Imaginez qu’on les entraîne pour vivre plusieurs années dans l’espace ! Si, si, il faudra plusieurs années pour aller sur Mars. Moi, j’y étais déjà.
Pour faire court – j’en vois qui baillent – mon cul était sur le banc mais ma tête était sur Mars. Et si quelqu’un me parle ici du champ de Mars, je le sors ! Faut suivre un minimum, car c’est là que l’inimaginable s’est produit. Tenez-vous bien.
Une personne est venue s’asseoir près de moi et m’a demandé qui j’étais.
Inouï. Je vous avais prévenu.
Evidemment, j’étais très absorbé. Contrairement aux apparences, j’étais très loin du banc. Je n’ai pas vu arriver cette personne. Elle m’a eu par surprise. Je ne sais pas non plus combien de fois elle m’a posé la question avant que je l’entende. J’étais vraiment très très loin. Toujours est-il qu’à un moment donné j’ai distinctement entendu « Qui êtes-vous ? ».
J’en vois plus d’un qui écarquille les yeux et n’en croit pas ses oreilles, mais je jure que je n’invente rien. Ca s’est passé exactement comme ça et je ne fais présentement que brandir la torche de la Vérité.
D’ailleurs, vous dire que cette personne, en me posant la dite question, me serra la main, serait demeurer bien en dessous de la Vérité. Il fit de ma main je ne sais quelle purée sanguinolente.
Bien qu’il fût un peu plié en zigzag sur le banc, je lui prêtai bien deux mètres avec les intérêts qui vont avec. Oui, certainement plus de deux mètres drapés dans une longue blouse blanche qui lui arrivait jusqu’aux pieds. Et encore, je ne suis pas sûr que vous appelleriez cela des pieds. On avait l’impression que la Nature avait eu l’intention de faire un gorille et avait changé d’avis au dernier moment.
Mais attention, en vous décrivant cette personne comme un gorille, vous allez peut-être penser à un gorille de taille normale. En fait, j’avais là, assis à côté de moi sur le banc, le modèle super-économique.
Il interrompit donc mes rêveries avec cette brutalité grossière qui est la caractéristique principale des gorilles humains.
Je dois également sacrifier sur l’autel de la Vérité que cette personne avait dans son regard un pouvoir hypnotique aux effets apaisants.
Je ne vous cacherai pas, en effet, que dans un premier temps (très bref) j’ai été pris d’une forte envie de lui faire passer la colonne vertébrale à travers son chapeau, mais j’ai senti dans son regard que mon tonnage était tout à fait insuffisant pour me permettre de le défier et que mes organes internes étaient susceptibles de se transformer rapidement en macédoine ou en hachis parmentier.
J’ai par conséquent décidé de lui répondre, d’autant plus que j’avais toute liberté pour lui répondre simplement ou philosophiquement. C’était au choix. J’ai immédiatement opté pour la simplicité et je lui ai dit « Qui êtes-vous vous-même ? ».
Il m’a dit qu’il était l’infirmier et qu’il me ramenait à l’asile.
Une contrée imaginaire
Il me faut bien vous avouer que lorsque le l’ai vu me rejoindre dans son instant, c’était bien le premier instant que je voyais de ma vie. C’était un bel instant mais je ne saurais vous le décrire, et de toute façon il paraît qu’aucun instant ne ressemble à un autre.
Je l’ai vu me dire bonjour plus que je ne l’ai entendu. C’est qu’en effet, j’ai vu sortir de sa bouche la lettre B puis la lettre O, la N, la J ; encore une O, puis un U et enfin un R. Vous savez, c’était un peu comme ces personnes indélicates qui éternuent sans mettre leur visage dans leur coude. On voit des chiffres et des lettres qui partent dans tous les sens. Evidemment, on ne peut pas lire ce qu’ils disent puisque c’est un éternuement mais bien classés cela donnerait certainement le son de l’éternuement. Toujours est-il que j’ai distinctement vu le bonjour de Monsieur Hyckss. Les lettres sont sorties de sa bouche, bien rangées dans le bon ordre.
Ensuite, ça s’est un peu compliqué quand il a poursuivi : Je vous avais dit que j’arriverais dnas un itnasnt et vuos vyeoz cmome cet inatsnt est baeu, mias j’en canghe tout le tpems parce qu’il fuat pirofter de caqhue intsnat.
C’était de ma faute. J’avais soufflé la fumée de ma cigarette et les lettres étaient si légères qu’elles s’étaient un peu mélangées.
J’aurais bien aimé toucher son instant mais il avait disparu. On était déjà à l’instant d’après.
vendredi, juillet 03, 2009
La bête
Il n’y avait donc sur ce bateau que des hommes forts et déterminés à en finir avec le monstre. Ketill la Vapeur avait juré la perte de l’immonde devant ses compagnons parmi lesquels on comptait Bardi le Meurtrier, Grimr le Chauve, Thordr le Braillard et Thorsteinn le Preneur de Morues.
Il y avait même Styrr qui avait commis beaucoup de meurtres sans payer de compensation pour aucun et voulait solder sa dette en tuant la bête.
L’expédition emportait aussi Eyjolfr, une sorte de guerrier-fauve, capable des plus invraisemblables exploits, qui avait la force d’un ours dont il portait la peau en guise d’armure.
Enfin, quelques esclaves choisis pour leur force extraordinaire complétaient l’équipage, dont Svartr le Fort et Thorsteinn Cap-des-Tempêtes haut de deux mètres. Ils habitaient en bas des Einbnabrekkur et s’étaient déjà distingués de nombreuses fois en abattant loups et taureaux enragés.
Ils remontèrent le Borgarfjördr, dépassant Lambastadir et Höfn, puis Thursstadir et Hvanneyrr. Ils dépassèrent aussi Ferjubakki et Grimarsstadir, et accostèrent en face à Ölvaldsstadur.
On fit tirer le bateau à terre dans la crique où Kveld-Ulfr avait échoué l’année précédente, et Thorolfr Caboche-de-Vessie, propriétaire du bateau, accompagné des onze hommes, demanda l’hospitalité à son neveu Bölverkr Pointe-de-Cheville, qui avait hérité là d’une grande ferme où il menait bon train de vie. Ils y furent accueillis joyeusement.
Thuridr, la maîtresse de maison, Geirmundr à la peau d’enfer et Gunnlangr Langue-de-Serpent les placèrent dans la grande salle commune et leur servirent de la bière dans des cornes qu’ils vidaient d’un trait.
Thorgeirr l’Endormi et Thorbjorn le Gros, des gens de la ferme, leur expliquèrent que la bête avait encore frappé et que la précédente expédition pour la détruire s’était soldée par huit morts, tous de vaillants hommes, et pas moins de dix blessés graves dont Gizurr le Blanc au courage légendaire dont il fallut amputer la jambe car elle était à moitié coupée en bas du genou.
Snorri Thorbraudsson avait perdu l’appétit jusqu’à ce que l’on découvre qu’il avait une pointe de flèche qui lui traversait la gorge à la racine de la langue. Thorleïfr le Gouailleur eut du mal à marcher avant qu’on lui ôte le fer de lance qui traversait sa jambe entre le tendon d’Achille et le cou-de-pied au point qu’il ne pouvait plus retirer ses braies.
Quant à Björn, il aurait certainement l’air penché le reste de ses jours, depuis qu’il avait reçu un coup de lame à la base du cou lors de la lutte incessante qu’il menait contre la bête avec ses compagnons.
On ne cita que pour mémoire le cas de Steinthorr qui fut coupé en deux par un coup d’épée au-dessus des hanches.
Pendant ce temps-là, la bête n’avait subi aucun dommage et continuait de les narguer.
Lorsqu’ils furent complètement ivres et pensèrent avoir de ce fait assez de courage pour l’affronter, ils se levèrent, et Thuridr, la maîtresse de maison, leur dit alors – où allez-vous ?
Nous finirons bien par vaincre le monstre, répondit Thordr le Braillard. Vikings, prenez vos armes et suivez-moi.
Thuridr les stoppa en disant que la bête était actuellement dans la pièce à côté de la grande salle commune. Cette affirmation fit perdre à Thorsteinn le Preneur de Morues, Grimr le Chauve, Bardi le Meurtrier et même Eyjolfr, le guerrier-fauve, une part importante de leur superbe.
Il fut décidé d’envoyer les esclaves Svartr le Fort et Thorsteinn Cap-des-Tempêtes en éclaireur en leur promettant l’affranchissement en recommandé, car bien qu’étant de vulgaires esclaves, ils n’en étaient pas moins très intelligents.
Cap-des-Tempêtes entra dans la chambre contiguë à la grande salle commune et en revint presque aussitôt en disant : « On ne dégaine pas une épée pour tuer un moustique ».
En entendant ces mots, Grimr-le-Chauve déclama le poème suivant :
Il m’est bien pénible
De mouvoir ma langue
Face à l’indestructible
Qui nous rend exsangues.
Nombre de guerriers
Ont acquis renommée
En frappant du glaive
Sans relâche ni trêve.
Tous s’attirèrent la fureur
De l’animal piqueur
Se jouant de nos armes
Nous plongeant dans les larmes.
Nous sombrons dans la désespérance
Car l’immonde a osé
Foudroyer à outrance
Nos valeureux guerriers.
Nous avons nourri
L’illusoire espoir
Qu’une épée rougie
Voulait dire victoire.
En voulant traiter
Rudement la bête
Nous avons tranché
Nos jambes et nos têtes.
Il convient de maintenir droit
Le char de la raison
Et de se demander pourquoi
Sont morts nos compagnons.
Cap-des-Tempêtes a bien parlé
Les faits sont authentiques
On ne dégaine pas une épée
Pour tuer un moustique.
mercredi, mars 04, 2009
Le retour du prédateur
Outre la menace d’une terrible céphalée, j’en fus d’autant plus contrarié que l’annonce du retour d’un prédateur arrivait précisément sur le tapis de l’actualité ; or, c’est un sujet qui m’a toujours beaucoup intéressé.
Je dois indiquer ici, pour la bonne compréhension du récit, que, depuis ma plus tendre enfance, je collectionne tout ce qui a trait aux prédateurs, quoiqu’ils prédatent.
Après avoir exécuté deux pas de rock et quelques cabrioles pour m’extraire de mon rocking-chair, je courus ouvrir pour mettre fin au vacarme, tant ma porte risquait le dégondage par tous ces tambourinements et tambourinages.
Un Chinois borgne au visage vérolé et au sourire maléfique et stupide se dressait devant moi.
Sa silhouette se dessinait sur la campagne sombre et muette et il avait l’air d’un de ces monstres à la hache ou à la tronçonneuse qui se promènent partout en massacrant à tour de bras. Méduse en personne ne m’aurait pas mieux pétrifié.
L’atmosphère du vestibule se chargea d’un parfum d’inhumanité. Si ce n’était pas un prédateur que j’avais là sous les yeux à l’instant présent, c’est que je ne savais pas en reconnaître un quand on me le présentait sur un plateau.
Sous le choc j’avais un peu emmêlé ma langue dans mes amygdales et ne parvenais pas à émettre le moindre son, éprouvant comme une désagréable impression d’étouffement.
Le prédateur me toisa de haut en bas de son œil froid et chassieux.
─ Je suis Li Moon, dit-il d’un ton goujateux.
Qu’il ait un nom synonyme de citron et de boue ne m’étonna pas.
Parvenant à refaire surface au bout d’une courte éternité, je pus enfin lui répondre avec un filet de voix plus discret qu’une fuite de gaz.
─ Vous êtes donc de retour.
Il fit celui qui ne comprenait pas et ajouta :
─ Vous avez bien commandé une pizza ?
lundi, février 23, 2009
Le silence de la bibliothèque
Je somnolais sur un livre en ce jour de canicule.
Il régnait dans la bibliothèque du château un silence de sépulcre que seul troublait le bruit assourdissant des pages lues que l’on tourne.
Dehors, le même silence oppressant des arbres au feuillage immobile. Nous étions au cœur de l’été et il faisait une chaleur accablante sans le moindre souffle d’air.
Soudain, je perçus des effluves de sudations pédestres.
Je levai les yeux de mon livre.
Ils étaient devant moi, sortis de nulle part, en robe de bure, comme deux bénédictins aphasiques ayant fait vœux de silence. Le genre de silence qui vous glace les orteils et vous envoie des frissons le long de l’épine dorsale. En les voyant, ce fut comme si j’étais vautré sur une chaise électrique désaffectée que l’on aurait soudainement rebranchée.
Il y avait dans leur personnalité quelque chose qui paralysait les cordes vocales et transformait votre cerveau en fromage de tête.
Le plus petit des deux avait une tête à manger du verre pilé et à porter des fils de fer barbelés en guise de chemise. Maigre et blanc comme un vieil os, il y avait sur sa figure ridée comme une toile d’araignée une expression de dédain ironique.
L’autre avait l’air de quelqu’un qui, s’il n’avait pas vraiment l’écume aux lèvres, était sur le point d’écumer pour moins que rien. Il avait une grosse tête chauve et pâle, et ses yeux étaient froids, durs et sardoniques. Son aspect faisait penser à quelque esprit qui aurait erré des siècles dans les caves inhospitalières du château. Un rictus permanent de répulsion tordait l’expression horrifiée de son visage.
Dans une réunion de gens normaux, leur apparence aurait immédiatement suscité de nombreux commentaires.
L’entretien s’ouvrit sur l’un de ces longs silences pesant comme si tout le monde avait oublié sa première réplique. En fait, personne n’éprouvait le besoin de dire quelque chose et il ne paraissait pas utile de commencer.
Le mangeur de verre pilé posa devant moi le livre qu’il tenait sous son bras et l’ouvrit précautionneusement à la page cent vingt-trois avec la minutie d’un démineur.
Mes yeux se posèrent sur le livre ouvert avec l’application et la concentration d’un cueilleur de champignons.
La cinquième ligne et les cinq suivantes étaient soulignées à l’encre rouge.
De nouveaux points de suspension angoissants se glissèrent entre nous et meurtrirent mes oreilles d’un nouveau mutisme plus long et plus perfide que le précédent. Un silence lourd de pensées, de perplexité et d’incertitude.
J’esquissai cette sorte de faible sourire que les gladiateurs romains adressaient à l’empereur avant d’entrer dans l’arène, si le sourire des gladiateurs entrant dans l’arène était bien ce que je pense.
L’homme aux fils de fer barbelés me gratifia du regard suffisant et narquois de celui qui vous expédie sans état d’âme dans les ténèbres de l’au-delà, où tout n’est que lamentations et grincements de dents.
Quant à l’ectoplasme transpirant des pieds, il souleva seulement le sourcil droit d’un air de blâme, en ouvrant une bouche édentée et sans voix, libérant une vivifiante haleine de marée.
Après cette accumulation de silences successifs, je tombai dans une profonde rêverie durant laquelle les bénédictins aphasiques disparurent comme ils étaient venus.
L’ouvrage était toujours là, ouvert à la page cent vingt-trois.
Pas de doute possible : Je m’étais fait taguer.
Je ne retrouvai l’usage de la parole que beaucoup plus tard.
Le majordome
Il avait l’air de cette célèbre grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le bœuf ; mais sans doute plus intelligent qu’elle, il se contentait de ressembler à un mage sans âge, imbu de sa personne, et figé dans une dignité inerte qui le maintenait en équilibre entre caresse et violence.
Il savait que l’officier suivait toujours le même circuit, le long des fossés, lorsque c’était son tour de veille.
Un matin d’hiver, on les retrouva noyés dans une douve.
On ne sut jamais qui avait poussé l’autre.
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C'était un exercice d'écriture proposé par Ecriture ludique
Les mots imposés étaient les suivants : Caresse - Fanion - Age – Circuit - Veille - Imbue – Fossé - Mage - Violence - Ignorer
(Les noms peuvent être utilisés au singulier ou au pluriel, au masculin ou au féminin. Le verbe peut être conjugué).
Situation délicate
Les choses auraient certainement mal tourné sans l'intervention appréciable de Zorro dont les facultés d'évaluation ne sont plus à démontrer.
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C'était un exercice d'écriture proposé par Ecriture ludique
Les mots à utiliser étaient les suivants : Diane, dinosaure, appréciable, évaluation, effeuiller, soif, plume, palette, brûle-gueule(Les noms peuvent être utilisés au singulier ou au pluriel, le verbe peut être conjugué. Tous les mots doivent être utilisés).
Par quel miracle
Je suis d’ailleurs effrayé de mon insuffisance à vous en décrire la sublimité.Le torrent sombre de ses cheveux magnifiait un visage à arrêter les pendules et jamais les vibrations d’une rame de métro ne firent trembler ses luminaires au fond de prunelles plus pures.
Fine, svelte, avec des rondeurs d’une volupté presque immorale, elle portait un pantalon si moulant que je pouvais à peine respirer.
J’essayais vainement de m’extraire de l’abîme de son décolleté lorsque l’individu extraordinairement quelconque assis en face d’elle entama un cortège de banalités propre à assommer d’un coup un essaim d’éléphanteaux.
La jeune fille à l’indicible beauté l’interrompit par un péremptoire : Ne perdez pas votre temps, monsieur, je suis sourde et muette.
L’individu formidablement quelconque se mit alors à ouvrir et fermer la bouche en silence, comme un poisson rouge tombé du bocal.
Quant à moi, je battis le record du saut en hauteur, départ assis. Il me paraissait impossible d’avoir entendu ce que j’avais entendu.
La jeune fille, plus angélique qu’un ange et plus gracieuse qu’une déesse, se tourna vers moi et me confia : Je suis ventriloque et je lis sur les lèvres.
Pourtant, remarqua l’individu horriblement quelconque, vos lèvres bougent !
Pure coquetterie, précisa-t-elle.
En montant dans le train qui devait m’amener jusqu’au lac Baïkal, je me demandais quelles autres surprises me réservait ce voyage.
Un conte de Noël
P’tit Robert s’exécuta sans moufter. Fallait pas discuter avec La Rousse. Il était complètement zinzin et on ne savait jamais c’qui pouvait lui passer par la tête.
P’tit Robert était un solide gaillard charpenté avec des traits gorillesques, mais un peu fragile du côté Q.I.
Le chef, c’était La Rousse. Tout le monde, à la tôle, l’appelait comme ça à cause de sa crinière de lion. Choisir la nuit de Noël pour faire la belle, c’était une idée de La Rousse.
─ Qu’est-ce que tu vois ?
─ C’est ben c’que j’pensais : un vrai conte de Noël. Tout y est : une belle demeure ensevelie sous un blanc manteau de neige. Reste plus qu’à aller s’inviter au réveillon de minuit. On va leur parler du p’tit Jésus, dit La Rousse de sa voix grinçante dont le timbre ressemblait au bruit d’une scie égoïne.
P’tit Robert partit d’un franc éclat de rire. Le genre conduite-de-gaz-qui-explose en faisant une dizaine de victimes. Des paquets de neige tombèrent des arbres et le crépi du mur se fendilla.
─ Tais-toi, s’pèce de con, l’interrompit La Rousse dès qu’il en eut terminé avec son premier éclat, et avant qu’il n’ait repris sa respiration pour une seconde explosion. Monte et suis-moi.
Forcément, les deux forçats forcèrent sans mal la porte de service derrière la maison. Ils se firent conduire dans la salle à manger par Ginette, la cuisinière, dont la peur bleue avait déjà viré à l’outremer lorsqu’ils firent irruption dans le cercle de famille.
Il y avait autour de la table tante Yvonne, oncle Roger et tonton Fernand, Ulysse et sa femme Marie-Louise. Tante Madeleine n’était pas encore née.
Ulysse se leva et toisa les deux furoncles qui venaient perturber leur fête, de ses yeux perçants dont il se servait d’ordinaire pour forer des trous dans les gens.
Toutefois, les deux charognards, dotés de la même sensibilité que des chiens de Terre-Neuve, ne s’en émurent pas outre mesure.
La Rousse, le regard torve et s’exprimant du côté bâbord de son orifice buccal, menaça de briser Ginette si l’on ne brisait pas ses chaines dans l’instant.
Les convives eurent un mouvement de recul, comme des escargots qu’on aurait voulu mettre à saler.
Où que vous jetiez les yeux autour de la table, vous ne pouviez voir que des patates sur lesquelles il y en avait gros.
C’est que la situation prenait en effet une de ces tournures délicates où il devient difficile de garder un calme patricien. Elle se corsa même au point de graver les profonds sillons que l’on peut toujours contempler sur les fronts de Roger et Fernand.
Il brillait dans les yeux du P’tit Robert une lueur glaciale qui dissuadait de vouloir faire le malin. Lorsqu’elle se posa sur le visage chevalin de tante Yvonne, celle-ci poussa un hennissement d’épouvante.
Heureusement, les deux imbéciles tournaient le dos à la cheminée et furent surpris par l’arrivée inopinée du Père Noël qui les assomma avec sa hotte.
mardi, novembre 11, 2008
L'index de Monsieur Van der Mouche
─ Mon Dieu, pourquoi voulez-vous vouaire mon index, commissaire ?
─ Monsieur Van Der Mouche, ici, c’est moi qui pose les questions. Je vous prie de me montrer votre index sur le champ.
─ Soit, allons sur le champ, commissaire.
─ Monsieur Van Der Mouche, j’ai suffisamment fait preuve de patience avec vous. Si vous ne me montrez pas votre index immédiatement, je vous fais placer en garde à vue.
─ Ah ! Quelle mouche vous pique ? Tenez, voilà mon index. Etes-vous satisfait ?
─ L’autre.
─ Oui, oui, j’en ai deux. Voici l’autre. Mais diantre, que signifie cette comédie ?
─ Monsieur Van Der Mouche, il ne s’agit pas d’une comédie. Je n’ai guère le temps de jouer. Savez-vous qu’il se passe des choses pour le moins étranges dans la forêt de Cernunos ? Or, votre propriété est mitoyenne avec la forêt de Cernunos.
─ Certes, mais cela ne m’explique pas…
─ Ta ta ta, c’est mon affaire. Samedi dernier, comme tous les samedis, je faisais mon footing avec Monsieur de la Martinière. Un moment donné, le sentier que nous suivions se poursuivait de chaque côté d’un buisson. Monsieur de la Martinière a continué à droite, cependant que je contournais l’obstacle par la gauche. C’est alors que mon regard fut attiré par un objet au milieu du sentier. Il s’agissait d’une petite boite munie d’une serrure qui semblait faite en bois précieux. Je mis l’objet dans ma poche et courus pour rattraper Monsieur de la Martinière qui avait pris de l’avance.
Ah, je vous retrouve, Zéphirin-Ulysse, me dit Monsieur de la Martinière, je vous croyais bel et bien perdu. Oui, Monsieur Van Der Mouche, Monsieur de la Martinière m’appelle par mon prénom lorsque nous faisons notre footing ensemble. Puis il ajouta : il est vrai qu’actuellement, je retrouve tout ce que je perds. Figurez-vous que je viens de retrouver une clé de valise. Vous savez aussi bien que moi que l’on perd toujours ses clés de valise et qu’on ne les retrouve jamais. Et si, par hasard, on retrouve une clé de valise, on ne sait plus quelle valise elle ouvre.
Monsieur de la Martinière a toujours des conversations très intéressantes. C’est alors que nous arrivâmes dans la clairière de la lune bleue où s’était installé un cirque.
Curieux, nous entrâmes alors que se déroulais un numéro de prestidigitation.
L’illusionniste qui ressemblait au croisement d’un poète avec un lutteur disait à un pauvre bougre qu’il avait choisi dans l’assistance : « Je vais vous couper l’index, mais ne vous inquiétez pas, je vous le rendrai ».
Un complice, certainement.
Sur ce, il sort de sa pelisse un énorme couteau et tranche le doigt du malheureux qui se met à hurler.
« Pas de souci, pas de souci, je vais vous le rendre » disait le magicien en riant.
Il s’approcha de Monsieur de la Martinière, plongea la main dans sa poche, en retira une petite clé – la clé de la valise, pensai-je – puis retira de ma propre poche la petite boite que je venais de ramasser, l’ouvrit avec la clé de Monsieur de la Martinière et en retira un doigt sanguinolent.
─ Votre histoire est tout simplement incroyable, commissaire. Ne seriez-vous pas un peu surmené ces temps-ci ?
─ Je voulais m’assurer que vous n’étiez pas le complice déguisé de cet ensorceleur car il a disparu en fumée derrière sa cape noire en emportant ma bourse et celle de Monsieur de la Martinière.
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Cet exercice d'écriture peut surprendre mais répond à la proposition suivante :
Deux personnes se promènent dans une forêt. Leur chemin se sépare un instant, pendant lequel l'une des deux (le personnage principal), suite à un phénomène étrange, découvre une sorte de "boîte"...A partir de ce canevas très simple, racontez-nous une histoire où vous pourrez décider absolument de tous les détails, le but étant comme pour beaucoup de nos exercices d'éviter la banalité, les clichés, et donc de chercher à surprendre par le ton, les personnages, les situations...
C'est par où ?
L'équipage n'était composé que de pirates qui avaient tout à oublier, même l'avenir. Le pire d’entre eux était le cuistot. Une teigne à forme humaine qui pratiquait la politique de la pomme de terre brûlée. Quant au capitaine, il possédait certainement une dose de péché originel bien supérieure à la moyenne. Nous l'avions surnommé « C'est par où ? » car nous recherchions en vain ce putain de trésor depuis bientôt un an.
Fredy arrêta son récit et s'abîma dans la contemplation des volutes bleuâtres de sa pipe qui faisaient penser à des têtes de mort.
Lorsqu'il sentit l'atmosphère sur le point d'exploser, il fit semblant de réfléchir et lâcha enfin : Comment vous décrire « C’est par où ? » sans vous faire peur ?
Un moment ou deux passèrent encore avant qu’il ne refit surface.
Il n’avait qu’un œil et qu’une jambe, et même sa jambe de bois avait des varices. Il s’en servait pour frapper les p’tits mousses auxquels il menaçait d’arracher la tête pour la leur faire avaler ensuite ; ce qui me paraissait un contresens et difficilement réalisable.
Après avoir essuyé la tempête du siècle, nous jetâmes l’ancre dans une baie très poissonneuse que nous baptisâmes la baie Tonnière.
Les hommes les moins malades partirent avec le capitaine à la recherche de ce putain de trésor. Nous étions lourdement chargés de pelles, de pioches et de coffres. J’avais choisi de porter la boussole.
Nous pensions toucher au but lorsque nous tombâmes sur un panneau indicateur. Ces imbéciles ignares applaudirent tous de joie et se tournèrent vers moi qui étais le seul à savoir lire.
C’est par où ? C’est par où ? Alors, Fredy, c’est par où ? Ne cessait de répéter « C’est par où ? » en me regardant de son œil chalumeau.
Les indications étaient écrites dans une langue dont j’ignorais jusqu’à l’existence, mais le capitaine, qui était sur le point de cracher son âme au diable et soignait son mal par de longues rasades de rhum frelaté, avait l’humeur chagrine.
J’affirmai donc qu’il fallait aller tout droit sur un ton de certitude granitique légèrement teintée de péremptoirité.
C’est ainsi que, peu après, nous tombâmes dans un guet-apens tendu par d’horribles sauvages anthropophages.
Je fus le seul à pouvoir m’échapper de la marmite.
La rondeur des jours
Deux heures après, je me recouche, mais à quatre heures, ce sont les matines qui sonnent.
Je me recouche à quatre heures et demie pour une bonne heure.
A six heures : Prime ou messe privée.
A sept heures et demie : messe matutinale.
A neuf heures : Tierce suivie de la messe conventuelle.
A onze heures et demie, sexte.
A douze heures quarante cinq, sieste.
A quatorze heures, none.
A seize heures trente, vêpres.
A dix-huit heures, complies, et à dix-huit heures quarante cinq, coucher... jusqu’aux Vigiles du lendemain.
Amen.
Ma bibliothèque
J'aime l'odeur des bois précieux et du cuir qui règne dans la pièce.
Depuis la cuisine, je peux m'y rendre de deux manières totalement différentes. Soit, je passe par la salle à manger, je traverse le couloir central et je pousse la porte de ma chère bibliothèque, soit - et cela au risque d'en surprendre plus d'un - j'utilise le passage secret.
C'est qu'en effet, il existe, depuis la construction du manoir Tudor en 1943, un passage secret entre la cuisine et le bureau qui jouxte ma bibliothèque. Il suffit, pour l'emprunter, de faire glisser le fond du placard à provisions, descendre un escalier en colimaçon, traverser la cave et après avoir gravi un autre escalier en nocamiloc, pousser un panneau supportant quelques étagères de mon bureau.
Le seul reproche que j'aurais à lui faire est qu'elle paraît hantée. On ne cesse d'y assassiner mademoiselle Rose, madame Leblanc, le Révérend Olive, Mrs. Peacock, le professeur Plum et le colonel Moutarde.
Docteur Lenoir.
La voie de la simplicité
En fait, c’est très simple. Bien que de prime abord, cela puisse paraître un tantinet compliqué, les voies de la simplicité sont plus faciles à pénétrer que celles du Seigneur…
C’est un problème de relation entre la masse et l’énergie. Si vous voulez bien considérer que petit c est la vitesse de la lumière dans le vide et que l’énergie de liaison n’est pas proportionnelle…
─ …
─ Pardon ? Oui, il faut tenir compte de la répulsion des protons et de l’attraction des électrons…
─ …
─ Que dites-vous ? Ah ! Certes, il ne faut pas l’appliquer à un photon, dont la masse est nulle…
─ Mais, Albert,…
─ Mouiiii, cela dépend de la quantité de mouvement… Toujours est-il que je suis arrivé à cette formule simplissime : e = mc2 .