lundi, janvier 19, 2026

Un matin, au réveil, j'ai eu une idée… Une idée fumante.

Un matin, au réveil, j'ai eu une idée… Une idée fumante. Habituellement, les

idées fumantes, elles me viennent en nettoyant l’intérieur de mon four…

En France, c’est bien connu, on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Le problème, c’est le tri. Il nous faudrait des trieurs d’idées. De vrais spécialistes.

Et on n’en a pas. Ces derniers temps, on n’a pas choisi les bonnes idées et les résultats ne sont pas brillants.


La mienne n’était pas une idée qui change le monde ou le cours de la bourse, mais elle était grandiose par sa simplicité biblique. Elle m’est venue comme une apparition divine. Ce n’était pas une de ces idées tièdes qu'on oublie après le café, pas davantage une idée passagère qui s'évapore avec la buée du miroir pendant que l’on se brosse les dents. Non ! C’était une idée avec un grand « I », une idée qui t'attrape le cerveau comme un café trop serré attrape l'estomac vide, un lundi matin après un week-end de débauche ou un pont du 1er mai. Une vraie idée de génie. Du genre qui mérite un Nobel, un documentaire Netflix, une statue grandeur nature… Mais je m’emballe, je m’emballe…


Tout le monde le sait, c'est la nuit que le cerveau donne le meilleur de lui-même. Le jour, on raconte que l’on n’utilise que 10 % de son cerveau, mais quand on dort, on n’est pas là pour le brider. Il peut donner libre cours à ses facultés. Il peut tourner à plein régime. La nuit, c'est incroyable tout ce que je suis capable de faire. J'ai une force décuplée et je parle plusieurs langues couramment. Toutes les conditions sont alors réunies pour avoir des idées fumantes. Mais attention, mon idée n'était pas une idée fumante comme une cigarette abandonnée dans le caniveau, ou un rôti oublié dans le four. Ha, ça non ! Certes, elle sortait de mon cerveau en ébullition, mais avant tout, de mes neurones enthousiastes. Je ne m'étais pas endormi sur mon chargeur

de téléphone et mon oreiller n'était pas en feu. L'incendie n'était que dans ma tête.


Je me suis levé comme un génie sort de sa lampe.


J'étais tellement heureux que j'étais envahi par l'émotion. Hélas, une de ces émotions inutiles qui nous encombrent le cœur, comme la nostalgie des roudoudous de l’enfance, ou la colère contre les chaussettes célibataires.

Cette fois, c'était l’euphorie sans raison du matin. A tel point que j’avais oublié pourquoi j’étais euphorique. La trouille que j'ai eue ! Mon idée m’avait échappé. Je frémis de la pointe des cheveux à la semelle de mes pantoufles.


Mes os se sont liquéfiés et ma bouche s’est brutalement asséchée. Pour la retrouver, j’ai enfoui ma tête dans mes mains, mais les battements de mon coeur qui s’était mis à interpréter La danse du sabre, m’empêchaient de réfléchir, et je ne fus plus capable de penser et dire autre chose que « idée fumante », « idée fumante ».


Le néon de la cuisine diffusait une lumière de fin du monde et j’avais commencé à broyer une quantité assez considérable de noir lorsque l’idée a ressurgi avec l'odeur du pain grillé du petit déjeuner. Mais bien sûr ! Mon idée, c’était le prochain thème d'écriture à proposer aux Zentre-Nous !


Non, ce n'était pas une comédie musicale du style Pain grillé, cœur briséni Les mésaventures d'un grille-pain dans un monde post apocalyptique

Après enquête de la police, ce n'était pas davantage l'idée d'un pyromane.

Ce serait tout simplement « L'incendie du collège par une terrible nuit glaciale ». Pour fumer, ça allait fumer !


J’étais tout à ma fierté et mon contentement, plein de suffisance et de vanité, certain qu’on allait m’applaudir jusqu’à ce que la peau des mains éclate pour cette idée frappée au coin du génie, lorsque je reçus un violent coup de sonnette.


A travers le judas, j’ai d’abord cru à des témoins de Jéhovah, mais ils n’étaient pas assez bien cravatés et étaient armés de tablettes. Il y avait un grand avec une écharpe léopard du plus mauvais goût. Le plus laid des deux avait un menton fuyant et des tempes creuses qui se cachaient derrière une chevelure sauvage et anarchique ainsi qu’une barbe épaisse.


Bonjour. Nous sommes des trieurs d’idées, dit le plus grand avec un enthousiasme digne d’un vendeur d’aspirateurs en porte-à-porte. Vous habitez en ZTP (Zone de Tri Prioritaire). Conformément à la loi Macron 2.0 nous vous serions obligés de nous présenter vos dernières idées. Nous sommes là pour optimiser votre créativité.


J’ai bien senti qu’ils n’allaient pas dorer la pilule de mon orgueil et que les difficultés allaient commencer.

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