lundi, janvier 19, 2026

Irma, la diseuse de bonne aventure...

— Irma ! Mon Dieu ! Quel manque d’imagination ! Toutes les voyantes s’appellent Irma depuis ma plus tendre enfance. Et cet accoutrement ! Quand elle a surgi de son nuage de fumée, j’ai cru qu’elle s’était drapée dans un rideau de douche. Quel cinéma avec toutes ces bougies et ces bâtons d’encens qui piquent les yeux. Et son chat noir qu’elle appelait Destin !


— Bah ! C’est pour l’ambiance. Elle voulait seulement se donner des airs de grande prêtresse de la boule de cristal. Il faut bien un peu de mise en scène.


— Peut-être, peut-être… mais pour prédire l’avenir elle aurait pu choisir un nom un peu plus moderne.


— Je te rappelle, Régis, qu’elle voit aussi dans le passé. Tu avoueras qu’elle est très forte. Elle est stupéfiante !


— Ah ! Parlons-en de ses hallucinations. Ne trouves-tu pas qu’elle y allait un peu fort en disant que ma nièce avait tué son père et égorgé sa mère ?


— C’est vrai qu’elle est un peu brutale. Mais la vérité est parfois difficile à entendre. C’est bien en allant chercher leur fille au pensionnat que ses parents sont morts dans un accident de voiture. Et ta soeur a eu le cou tranché en traversant le pare-brise. Comment a-t-elle pu voir tout cela dans une boule ? Mystère ! Ça me dépasse. Non, elle est vraiment bluffante.


— Oui, ben ma nièce n’est pas une meurtrière. Elle voit un peu flou ta Madame Irma. Sa boule, c’est du cristal dépoli. Elle est maboule et je reste poli !

Et traiter mon frère de fou diabolique ! Là, elle dépassait les bornes. J’allais le lui faire comprendre si le Destin n’avait pas sorti ses griffes en menaçant de me sauter à la figure.


— Mais pas du tout ! Ton frère est bien psychologue chez Lustucru ?


— Oui. Je ne vois pas le rapport.


— Et il vient de déménager ?


— Exact. Où veux-tu en venir ?


— Elle a vu un psychologue, des pâtes, et le diable qu’il a utilisé pour son déménagement. Et c’est devenu un psychopathe ayant pactisé avec le diable. Tout est une question d’interprétation. Il faut savoir traduire les signes qu’elle reçoit.


Je reconnais que ce n’est pas chose facile, mais là où tu dois être content, Régis, c’est sur l’avenir qu’elle t’a prédit !


— Je n’en demandais pas tant, Patrick ! « Votre avenir est très chaud » qu’elle disait…


— C’est lorsque tu as retourné le Roi de Bâton de son tarot de Marseille…


— « Je vois un grand changement… Vous allez bientôt rencontrer quelqu’un… Il y a une forte énergie… autour de vos zones sensibles ».


— Elle était tout émoustillée !


— Oui, et ça allait crescendo. « Je vois beaucoup de va-et-vient dans votre avenir sentimental… ça sent l’ascenseur émotionnel… »


— Ha ! ha ! ou le matelas à ressorts ! C’est là, Régis, que tes oreilles se sont mises à rougir. Je ne savais pas si c’était de colère ou de timidité. C’est ton point faible, les oreilles.


— Oui ! C’est à ce moment-là qu’elle m’a pris la main et m’a dit : « Vos lignes montrent une longue… et intense relation à venir. Je vois… une main… se poser là où vous ne l’attendiez pas… Je sens une forte montée d’énergie… ça va exploser ! » Avoue que là aussi ses propos pouvaient être interprétés de différentes façons ! Elle voulait sans doute m’en donner pour mon argent ! Non ! Tout ça, c’est des foutaises…


— Dis-moi tout de même quel a été ton meilleur moment de cette consultation.


— Ah non ! Je n’en ai pas eu. Mais le pire, vois-tu Patrick, le pire moment, c’est quand elle m’a pris la main et a regardé longuement mes lignes de vie et de chance. Puis elle a pris l’air de celle qui sait que la vie ne tient qu’à un fil et que c’est elle qui a les ciseaux. Enfin, elle a fermé les yeux, et après un long silence chargé de suspense elle m’a demandé dans un filet de voix presque inaudible : cash ou carte bancaire ?


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