lundi, janvier 19, 2026

Je viens de tuer ma femme

— Je viens de tuer ma femme.


— Très bien. Enfin, je veux dire d'accord. Heu ! Il y a longtemps ?


— Ça vient de se faire, je vous dis. Vous écoutez quand on vous parle ?


— C’est moi qui pose les questions, monsieur le tueur. Quelle heure était-il ?

Non, pardon, je veux dire : nom, prénom, âge, profession, adresse.


— Martin, Jacques, 52 ans, sans profession, rue Proust.


— Où cela s'est-il passé ?


— Au Morez-dessus.


— Morez-dessus ou Haut de Morez ? Sur le puits ou Villedieu ? Soyez

précis, monsieur Martin.


— Morez-dessus, je vous dis. Près du cimetière. J'ai pensé qu'elle serait plus

proche de sa dernière demeure.


— Stagiaire Planton, que se passe-t-il ?


— C’est Monsieur, Monsieur le commissaire, il dit qu'il vient de tuer sa

femme. Il est venu faire sa déposition. J'utilise le formulaire POL 36 2CH ou

POL 3 14 116 TP ?


— Cela dépend, Planton, s’il avait une bonne raison ou si l'acte est

entièrement gratuit. S'il s'agissait d'une vraie emmerdeuse, je vous conseille

de noter sa déposition sur papier libre. Dans le cas contraire, utilisez du

papier à rayures.


— Elle est bien bonne, celle-là, commissaire.


— Avez-vous passé les menottes au prévenu ?


— Il n'y en a plus, monsieur le commissaire. Manque de crédits.


— Bon, écoutez Martin, c'est bon pour cette fois. Mais n'y revenez plus.


— Merci commissaire. À bientôt !


— Vous le laissez partir, monsieur le commissaire ?


— Bah, c'est Martin ! Il est complètement fou. Il vient au moins une fois par

mois nous dire qu'il a tué sa femme. Enfin, ça vous a fait de l'exercice,

stagiaire Planton.

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