samedi, février 24, 2007

Jardin d'hiver

50ème contribution à Impromptus littéraires

Le thème : Jardin d'hiver.

Il m’invita à rentrer dans son jardin d’hiver, une immense serre aux vitres dépolies. Il était vieux, laid et bien que je n’aie jamais pu le vérifier moi-même, devait certainement faire peur aux enfants.

J’hésitai un instant sur le seuil. Ca sentait la mousse, la moisissure et le pipi de chat.

Il voulait me montrer une orchidée noire rapportée d’un pays lointain et insista tant que je le suivis dans un de ces brouillards poisseux et moites que l’on ne rencontre habituellement que dans les romans où il est question de landes désertiques et de cimetières abandonnés.

Je fus immédiatement oppressé par cette odeur âcre qui me prit à la gorge. Il y avait çà et là des cages pleines d’oiseaux exotiques particulièrement bavards. Surgi de nulle part, un ara sans gêne, aux couleurs de perruque défraîchie, frôla le vieillard et renversa la sienne.

Le vieux brandit le poing et ses injures se perdirent avec celles de l’animal dans l’abondant feuillage de gigantesques plantes grasses que je voyais pour la première fois de ma vie.

La végétation était à ce point luxuriante que je m'attendais à tout moment à être happé par une plante carnivore, étranglé par une liane ou transpercé jusqu'à l'os par le dard d'un insecte géant assoiffé de sang frais.

Au fond de la serre, dans un pot de terre minable, se dressait l’orchidée noire, objet de tant de folies.

J’entendis alors un son semblable au râle d’un canard mourant. Le bruit venait d’une porte en bois au fond de la serre et j’aperçus, sortant d’une chatière percée au bas de celle-ci, une main de femme décharnée, aux ongles longs et crasseux, saisir dans une gamelle posée à proximité une tranche de pain humide et un morceau de sardine morte.

Un frisson me secoua de la semelle des chaussures à la pointe des cheveux, mais je me ressaisis rapidement et à part trembler comme une gelée et laisser pendre ma mâchoire inférieure d’environ vingt centimètres, je ne montrai aucun signe de décomposition.

Le vieux tourna vers moi son regard coagulé et vitreux de fou sanguinaire. Les coins de sa bouche tombaient plus que jamais et son front était plissé comme celui d’un client dans un restaurant qui, attaquant une douzaine d’huîtres, constate que la première est mauvaise.

Il ouvrit la bouche puis, comme s’il sentait qu’aucune parole n’était adéquate, la referma.

Un moment ou deux me furent nécessaires pour refaire surface.

Tout va bien, dis-je, tout va bien.

Je connaissais bien le patron

49ème contribution à Impromptus littéraires

La consigne : Le texte doit se terminer par "Je connaissais bien le patron".

Nous aimions ces veillées, loin des écrans plasma et autres divertissements virtuels. Lorsque Grand-père nous racontait ses souvenirs du XXIème siècle, nous l’écoutions bouche bée, tant ses récits étaient invraisemblables. Un soir, il s’assit dans un fauteuil, n’alluma pas un excellent cigare et commença cette incroyable histoire.

Ah ! Je me souviens de ce temps béni où il était encore permis de fumer et de boire.

Les interdictions s’étaient multipliées et les espaces de libertés s’étaient réduits comme peau de chagrin. Il ne nous était même plus possible d’en griller une ou de boire un petit coup pour se consoler. Les sanctions pleuvaient, de plus en plus sévères.

Ils avaient augmenté le prix du tabac, puis interdit de fumer dans les lieux publics, puis dans les cafés et enfin l’interdiction fut totale.

Afin de faire appliquer la loi, on posa des caméras partout. Les détecteurs de fumée et les webcams devinrent obligatoires dans les transports en commun, les voitures puis les appartements. A peine, allumait-on une cigarette que l’on recevait dans l’heure la notification d’une amende par courrier électronique.

La résistance s’organisa. On se serait cru revenu au temps de l’école où nous fumions dans les toilettes.

Nous allions dans les sous sols d’un ancien bistrot désaffecté et là, nous nous remémorions avec nostalgie nos meilleurs moments.

Il y avait Paulo, capable de parler très longtemps avec un petit bout de cigarette collé à la lèvre inférieure, Gino dont le sourire malicieux se dissimulait derrière la fumée de sa pipe et votre serviteur champion du monde du nombre de ronds de fumée.

Nous rentrions chez nous à une heure avancée de la nuit. Il faut dire que je connaissais bien le patron…

samedi, février 03, 2007

Mauvaise blague

16ème contribution à Paroles plurielles

La consigne 39 : Voici l'incipit: "Je suis resté(e) une heure environ dans la salle de bain..."


Je suis resté une heure environ dans la salle de bains. Mon cœur battait la chamade et je me recroquevillais comme une plume qui prend feu. Je n’avais jamais éprouvé avec autant d’acuité l’impression d’être sur le point de disparaître sans laisser de trace. Il me semblait que toutes les catastrophes imaginables pouvaient s’abattre sur moi et je broyais une quantité assez considérable de noir.

Je ne saurais dire si les yeux du colosse lançaient réellement des flammes lorsqu’il reposa son bock de bière, mais ils me parurent distinctement incandescents. J’ai senti mes chaussettes me lâcher d’un coup et les murs se sont mis à valser. Lorsqu’il m’a dit de sortir, j’ai immédiatement obéi à sa requête sans terminer mon Coca. Il avait une taille et un tonnage qui rendaient le volume de ses muscles très excessif par rapport au mien. Et puis, ce couteau qu’il tenait à la main…

Je me trouvais beaucoup trop jeune pour trépasser de cette façon et plus généralement de toute autre façon. J’ai couru dans la ruelle, slalomé entre les scooters et je me suis écorché les mains en tombant. J’ai cru qu’il allait me rattraper.

En voyant mon visage grimaçant et érubescent, la concierge a vite compris que je n’avais pas couru uniquement pour le sport.

L’horrible nuage d’angoisse qui m’étreignait s’est peu à peu dissipé.

Tout compte fait, peut-être survivrais-je.

Un rire nerveux et inextinguible me prit.

Ah ! La tête du mastard en découvrant une souris noyée au fond de sa chope !

dimanche, janvier 07, 2007

Psychanalyse

Contribution à Littéméraire

Le thème : Je vous donne une série de phrases extraites d’une nouvelle publiée et vous les intégrez dans votre récit en commençant par la première et en terminant par la dernière.
Pour cet exercice, emmenez-nous dans un univers érotique. Faites monter l’excitation et n’épargnez aucun de nos sens.
1. Il a une langue extraordinaire, Arthur. Très longue et très pointue. Et elle est chaude et humide. Je peux vous dire que ça ne me fait pas la moitié d’un drôle d’effet.
2. J’ai le corsage plutôt bien rempli. C’est drôle ce côté grosse poitrine – les mecs semblent penser qu’ils peuvent vous dire n’importe quoi.
3. Quand l’idée m’est venue, j’ai senti cette excitation au bas de la colonne vertébrale – une sorte de picotement électrique.
4. C’est dommage vraiment – oui, tout ça c’est bien dommage.

-- Il a une langue extraordinaire, Arthur. Très longue et très pointue. Et elle est chaude et humide. Je peux vous dire que ça ne me fait pas la moitié d’un drôle d’effet.

Madame Wolff ne saurait cacher qu’elle est une enfant de la capitale du choux. Elle en porte les stigmates sur toutes les parties de son corps volumineux. Il ne manque rien. J’ai devant moi une choucroute complète avec toute sa garniture : les saucisses, les jambonneaux, le lard, ... beaucoup de lard. Il n’y a que le fumet qui ne correspond pas à ce plat régional. De toute évidence, madame Wolff ne vit pas dans la crainte de se charger l’estomac ou de se corrompre l’haleine, et doit éviter de se laver les dents et les pieds, de peur de les déchausser.

Comme toutes les choucroutes, on ne saurait lui donner d’âge. Pour sûr, elle n’est pas très vieille, mais elle n’est pas de la première fraîcheur non plus. Sa chevelure frisée, relevée en torsade sur le sommet de la tête dégage sans grâce une nuque grasse. Un observateur appliqué et imaginatif, qui ne se laisserait pas distraire par les canons éphémères de la mode, pourrait trouver dans cet édifice capillaire babylonien la marque d’une recherche esthétique. Son impression serait confortée par le trait de rouge à lèvres qui souligne la moustache de la bergère.

Madame Wolff vient me voir régulièrement pour des séances de psychanalyse au grand dam de mon sens olfactif. J’écourte les séances autant qu’il est possible et les lui fais payer très chères. C’est qu’à ma connaissance, le langage humain ne possède pas d’épithètes assez vigoureux pour vous décrire la situation. Pour vous faire une idée de l’odeur qui investit mon cabinet en même temps que madame Wolff, il vous faudrait passer une semaine dans un égout, ce qui m’épargnerait une bien oiseuse et approximative description. Cette odeur m’envahit et me rend sourd. Je n’entends pas la moitié de ce qu’elle me dit.

-- J’ai le corsage plutôt bien rempli. C’est drôle ce côté grosse poitrine – les mecs semblent penser qu’ils peuvent vous dire n’importe quoi.

La vie de madame Wolff n’est qu’une forêt de gaffes. Pas étonnant que les mecs lui disent n’importe quoi. J’ai beaucoup de mérite de l’entendre réciter l’encyclopédie de ses malheurs et vicissitudes.

Tant que madame Wolff ne s’appelait pas madame Wolff, ça n’allait pas encore trop mal pour elle. Elle évoluait dans de chaudes moiteurs campagnardes et le soir, après le dur labeur des champs, de longues effluves musquées montaient des profondeurs de son corsage, dans lequel transpirait son corps sage, trop sage. Chaque fois que de languissant soupirs soulevaient son énorme poitrine (fumée), il se dégageait du sillon de ses mamelles sudoripares une senteur enivrante, qui la suivait dans ses déplacements, comme l’écume poursuit le navire.

Sa rencontre avec Monsieur Wolff marqua le début de son naufrage. Tant que l’animal se trouvait contre le vent, il ne prêta pas attention à la mamelue, mais un jour, par un brusque retour de brise qui lui décapa les sinus, il aperçut les protubérances mammaires et cela lui rappela sa mère. Un homme ne recherche t’il pas une mère en toute femme ? En rencontrant cet imposant rouleau de printemps, il sentit que sa destinée allait sortir de l’hiver, qu’il allait enfin connaître les authentique fragrances de l’humanité, les féroces odeurs de grasses vaisselles et d’aisselles grasses.

J’ai immédiatement compris, dès le début des séances, que cette femme de caractère, avec le poids de ses arguments mamillaires, n’avait pu débusquer qu’un fauve. Attiré par l’haleine de la brebis, l’“ homo lupus ” était sorti du bois. La bête du Gévaudan existe, elle s’appelle Arthur. Un jour qu’il vit la plantureuse fille s’approcher de lui, avec son corset trop serré qui rejetait jusque dans son double menton la masse fluctuante de sa poitrine surabondante, Arthur, qui avait hiberné fort longtemps, se dit que cette fille là pourrait faire une confortable moitié. Il se jura qu’elle n’appartiendrait jamais à un autre homme qu’à lui-même et qu’elle s’appellerait un jour Madame Wolff. Quand elle lui fit les honneurs de son corps et lui dévoila son hangar à fourrage, il n’hésita pas un instant à tomber son grand froc et à hisser son grand foc.

Puis les choses se compliquèrent. Elle voulut l’attacher sur le lit. En soufflant une haleine fétide que j’ai du mal à esquiver, elle précise, elle détaille, .elle souligne.

-- Quand l’idée m’est venue, j’ai senti cette excitation au bas de la colonne vertébrale – une sorte de picotement électrique.

La proximité permanente d’une choucroute nymphomane a probablement perturbé l’entendement d’Arthur et son rythme de travail. A vouloir trop entreprendre en même temps et sans trier sa clientèle, il a épuisé son crédit. C’est bien connu : les exploitants sont exploités. Sept longues années de liquidation judiciaire ont alors commencé.

-- C’est dommage vraiment – oui, tout ça c’est bien dommage.

Madame Wolf fait partie de ces gens dont il faudrait pouvoir éviter le contact. Vous ne pouvez rien pour elles. Elle est venue exposer ses problèmes. Ses problèmes sans solution. Toute esquisse de solution ne peut que débusquer un autre problème, un empêchement, une complication, un obstacle. Madame Wolff est l’incarnation de la contrariété, de l’objection et de l’embarras. Elle collectionne les pépins, les os et les épines comme d’autres, les timbres ou les épinglettes. Sa vie n’est qu’une erreur, et tout ce qu’elle a pu faire ou apprendre n’a pas fait progresser son bonheur d’un pouce. Elle se noie, se débat dans l’eau et se met à crier :

-- Help ! Help ! Help me ! Help me !

J’ai envie de lui dire qu’au lieu d’apprendre l’anglais, elle aurait mieux fait d’apprendre à nager.

vendredi, décembre 22, 2006

Conte de Noël

Contribution à Littéméraire

Le thème : Un conte de Noël

Malgré la morosité ambiante, mille déceptions de toutes sortes et une pollution à faire fondre le pays du Père Noël, je veux bien vous dire un conte de Noël pour sacrifier à la tradition.

Dieu sait que je suis très méritant car mon emploi du temps est si chargé actuellement que je ne trouve plus un moment de la journée pour m’apitoyer sur mon sort.

Je ne puiserai pas dans le stock poussiéreux des vieux contes rabâchés à longueur d’hivers pour faire écarquiller les yeux des petits enfants.

Avez-vous remarqué comme l’écarquillement d’yeux est fréquent chez les enfants à cette époque de l’année ?

Non. Mon histoire – absolument véridique en tous points – ne date que de l’année dernière.

Plus d’un, parmi le public d’élite qui me fait l’honneur de me lire, se souviendra qu’il a reçu cette année-là ses cadeaux avec un certain retard.

Tout a commencé lorsque le Père Noël est arrivé au manoir de Portepleine, un vieux castel presque en ruines, dont le propriétaire, un ancien colon prénommé Ferdinand, broie une quantité assez considérable de noir en constatant quotidiennement les fuites de sa toiture et de sa vessie.

Il était attablé dans la grande salle des banquets, entouré de sa famille constituée de parasites et de pique-assiettes qui attendaient son trépas, ainsi que de sa domesticité composée des congolais Banania, Fetnat et Bienvenue.

Tout le monde avait triste mine devant l’énorme cheminée moyenâgeuse qui dégorgeait plus de vent et de fumée que de chaleur et dont la flamme projetait des ombres suspectes sur les murs suintants du château aux allures de cathédrale. On entendait résonner parfois sur les froides dalles des corridors l’écho lointain de pas qui se rapprochaient d’abord pour s’éteindre ensuite dans le lointain. Même les fantômes étaient tristes et c’était fantastiquement lugubre et désolant.

Aussi, pour que leur réveillon de Noël ne ressemble pas à un repas d’enterrement à l’île du Diable, ils diluaient leurs idées noires et cafardogènes dans le vin blanc qu’ils buvaient par petites gorgées mais à des intervalles effroyablement rapprochés et à des doses qui n’avaient rien à voir avec la doctrine homéopathique.

Lorsque le Père Noël enjamba la haute cheminée mal entretenue, l’atmosphère commençait à se détendre doucement quelques mètres plus bas avec l’énumération de proverbes d’inspiration très en-dessous de la ceinture : Pet d'argent, n'est pas mortel. Qui pisse loin, ménage ses pompes. Quéquette en décembre, layette en septembre. Gourdin du matin, pipi sans les mains etc.

Encore ébloui par les flashs des radars qui bordent actuellement tous les chemins français, le Père Noël glissa sur une pierre mal scellée et arriva en bas de la cheminée dans un nuage de poussières et de suie, bientôt suivi par le contenu de sa hotte.

Aucun ramoneur, même le plus dévoyé, ne fut jamais aussi noir que le Père Noël au moment de son atterrissage au château de Portepleine. Pour sûr qu’on l’avait déjà vu dans des situations plus avantageuses.

Les traits de Ferdinand arborèrent à l’entrée tumultueuse du Père Noël l’expression polie mais réservée de l’antilope en présence du gorille africain. Sous l’effet de la surprise, sa bouche s’ouvrait et se fermait comme celle d’un poisson rouge qui voit un autre poisson rouge lui choper l’œuf de fourmi qu’il s’était destiné.

Il est possible que quelques individus aient pu avoir un air plus idiot que Ferdinand de Portepleine à ce moment précis, mais aucune des personnes présentes n’en avait jamais vu.

Réalisant subitement que ce gorille-là était le Père Noël, il frémit comme un ventilateur électrique, se débattit un moment avec ses cordes vocales qui semblaient tout emmêlées et se précipita à la rencontre de l’animal en bafouillant quelques sirupeuses excuses, la face emmiellée de son plus obséquieux sourire.

C’est que l’on a déjà vu des Pères Noël remporter leurs cadeaux pour moins que cela.

Se sentant responsable de l’état dans lequel sa cheminée avait mis le Père Noël, il accompagna le gorille quelque peu groggy jusqu’à un siège et lui offrit un verre de « réveille-morts », boisson qu’il réservait habituellement aux personnes mortes depuis moins d’un quart d’heure et aux chevaux qui ne tiennent plus à la vie que par un fil.

Tout se passa dans la tête du Père Noël comme si les trompettes de la mort annonçaient un jugement Dernier d’une exceptionnelle rigueur. Des feux de joie s’allumèrent dans tous les coins de sa carcasse. Son abdomen s’emplit de lave brûlante et il lui sembla qu’un grand vent venu de la cheminée balayait le château. Ses oreilles bourdonnèrent violemment, ses yeux tournèrent dans leur orbite et ses épais sourcils furent agités de tics nerveux.

Je ne dirai pas qu’il devint instantanément noir puisqu’il l’était déjà mais il est certain que la distribution des cadeaux ne lui parût plus une priorité absolue.

Tout le monde voulut goûter le « réveille-morts ». Même Banania, Fetnat et Bienvenue.

Ce qui advint, vous le devinez, subtils lecteurs, et vous aussi, lectrices astucieuses.

La grande salle des banquets du château de Portepleine fut rapidement mis dans un état analogue à celui où devait être le monde avant sa création, durant le règne du chaos. Les fioles d’un liquide de plus en plus béatifiant se succédèrent. Les convives se transformèrent en pompes aspirantes et bientôt ils eurent tous les dents du fond baignant dans un détonant mélange d’alcools. On se donnait de grandes claques dans le dos et les explosions de rires et de sentiments généreux fusaient de toutes parts.

Naturellement, tout le monde voulut jouer au Père Noël. On essaya ses habits et on se mit à ouvrir les cadeaux éparpillés sur le sol. On chanta « Mon beau sapin » et « Petit papa Noël » avant de s’endormir brutalement.

Encore conscient de ses responsabilités, Ferdinand, aidé de quelques survivants qui n’avaient pas glissé sous la table, tira le Père Noël jusque sur son traîneau et fouetta les rennes qui le ramenèrent dans sa maison. Je me garderai bien ici de vous dire où se trouve cette maison, de nombreux pays en revendiquant la propriété.

Tard dans l’après midi du vingt-cinq, le Père Noël commença à émerger des vapeurs provoquées par le « réveille-morts » et autres spiritueux.

Il se dit qu’il était temps de finir sa tournée et entama un brin de toilette, ne pouvant rester dépenaillé et noir comme il était.

Mais il eut beau frotter et frotter encore, il restait toujours aussi noir.

Ferdinand s’était trompé de Père Noël.

vendredi, décembre 08, 2006

Les embouteillages

5 ème contribution à Obsolettres

Le thème : Ecrivez un texte où le ou les protagonistes se trouvent dans un embouteillage.

Paulo râlait tout seul dans sa voiture coincée au milieu du gigantesque embouteillage.

- Marre de ces grèves SNCF qui nous pourrissent la vie.

Il était loin d’imaginer à quel point il avait raison en prononçant ces paroles et ouvrit la radio pour passer le temps.
Clic – « … venez d’entendre la cinquième symphonie de… bizzzzz… criouïïïc… l’ouverture de France 24 que vous pouvez désormais visionner sur intern… tiouuuuiiiit… ise en examen par… chchchch… midables embouteillages qui paralysent toute la région … »
Paulo monta le son.

Après quelques mètres, la voiture fut à nouveau immobilisée.
Toc, toc, toc.
Une ombre noire tapait sur la vitre passager de son véhicule.
- Je vous prie de m’excuser. pourriez-vous m’emmener jusqu’à l’église du Christ Saint Sauveur ?
- Mais certainement, mon Père, montez seulement.
- Merci mon fils. Figurez vous que ma voiture est tombée en panne d’essence. Je pensais pouvoir me rendre jusqu’à la prochaine station service, mais avec ces embouteillages, j’ai vidé complètement le réservoir et j’ai du la laisser au bord de la route.
- Ah, ne m’en parlez pas ! Actuellement, c’est tous les jours comme ça. A cause des grèves de la SNCF.

Paulo jeta un rapide coup d’œil à la dérobée sur l’homme en soutane. Ce curé là était bizarre. Il en avait peu vu avec un nez aussi turgescent et une boucle d’oreille. Un curé de quartier ouvrier, se dit-il. Aujourd’hui, on voit des curés à la télé en blouson de cuir et cheveux longs. Les temps ont bien changé. Celui-ci avait l’air jovial.

Paulo s’énervait sur les touches de présélection de son autoradio
- Ah, les infos qui se répètent tous les quarts d’heures, on se lasse au bout d’un moment !

Clic – « vous n’avez pas le montant de la val… crrrrrr… »

- Ce poste marche mal. Je me demande ce qu’il capte. Je pensais qu’il se réglait automatiquement. J’ai encore été volé sur la marchandise.

Clic – « vous propose à présent le troisième mouvement bizzzzzz… »

- Décidément, il n’y a que le canal des infos qui fonctionne à peu près.

Clic – « Sept heures trente, nos rappels de l’actualité… »

- Connaissez-vous l’église du Christ Saint Sauveur, mon fils ?
- Naturellement, mon Père, je passe devant pour aller au travail.
- Alors, vous connaissez le raccourci en passant par la rue des Moufetards ?

« …pête accompagnée de fortes pluies et de violentes rafales a traversé vendredi la Fran…"

- Ah, tiens, non, ça. La rue des Moufetards, dites-vous ?
- Oui, une rue tranquille qui n’est certainement pas engorgée de voitures. On pourrait gagner quelques minutes.
- Ah, ben, c’est pas de refus. Dites-moi où elle est, dès qu’on l’aperçoit.
- Et bien, justement, vous pouvez la prendre, là, à cent mètres sur votre droite.
- Parfait ! exulta Paulo avec un certain soulagement.

« Un flash de dernière minute. Patrick Bourdayanne, dit « Le curé de campagne » s’est effectivement évadé du Centre psychiatrique de Saint Ylie. Nos correspondants nous le confirment »

- Mince, qu’est ce que fout ce camion de livraison en travers. Il y en a qui ne s’embêtent pas.

« … Le curé de campagne est un psychopathe extrêmement dangereux souffrant de troubles graves de la personnalité en cas de contrariétés… »

- Mais regardez, mon fils, on ne va pas y arriver. Regardez-moi ce con ! Mais c’est pas possible. Est-ce qu’il va dégager, nom de Dieu.
- Mon père, je vous en prie, ne blasphémez pas !

L’abbé tourna la tête vers Paulo. Ce dernier n’avait jamais vu un visage humain passer plus subitement du plaisant au sévère. L’abbé devint subitement un être antipathique au dernier degré, patemment hargneux et un répugnant furoncle qu’il avait sur le front se mit à mûrir brusquement.

« … L’homme a des tendances anthropophagiques perverses qui l’ont amené à commettre par le passé toute une série de meurtres particulièrement atroces. Sa maladie est incurable à ce jour et la récidive est à craindre fortement… »

Le faciès de l’abbé continuait de se déformer au point que cette fois la simple vue de son regard aurait mille fois suffi à jeter l'épouvante dans les rangs d'un bataillon de légionnaires parachutistes.

« …Après avoir assommé ou poignardé sa victime, il la dévore immédiatement… »

L’éclair d’une lame surgie de nulle part brilla dans la main de l’abbé.

« … l’individu est d’autant plus dangereux qu’il est intelligent et courtois et se dissimule sous l’habit du prêtre… »

Elle disparut entièrement dans l’abdomen de Paulo qui dit : « Ho ! »

« … la population est donc invitée a observer la plus grande vigilance et à prévenir la gendarmerie si elle aperçoit cet indiv… ».


Qui suis-je ?

Contribution à Littéméraire

Le thème : Vous êtes assis(e) sur un banc dans un parc, soit en train de fumer, soit un livre à la main, mais dans les deux cas l'esprit ailleurs (à quoi pensez-vous ?). Une personne vient s'asseoir près de vous et vous demande soudainement "Qui êtes-vous ?" Libre à vous de répondre comme vous prenez cette question, simplement ou philosophiquement..."



J’étais là, tranquille. Assis sur un banc. Oui, c’est ça. J’étais assis sur un banc, dans un parc. Je ne me souviens plus du nom de ce parc, mais c’était un parc. Et j’ajouterai pour les inquiets, les soucieux, les tourmentés, les insatisfaits et les perfectionnistes que le nom du parc n’a absolument aucune importance pour la bonne compréhension de ce qui va suivre. Non, les causes de l’incompréhension seront beaucoup plus profondes. Croyez-moi sur parole. Mais, je n’en dis pas plus à ce stade (Je viens à peine de commencer) pour préserver le suspens de cette histoire qui, je l’avoue bien volontiers, est assez insoutenable. Le suspens, pas l’histoire.

Quoique.

Donc, j’étais là, assis tranquillement, en train de fumer, lorsque… Non, je ne fumais pas. Cette aventure (Car c’en est une. Hou ! La la, oui.), cette aventure, dis-je, m’est arrivée il y a un mois ou deux et voilà quinze ans que je ne fume plus. Donc, je ne fumais pas. C’est impossible. Des fois, je vous jure. Enfin, c’est ainsi et je n’y peux rien.

Où en étais-je ? Si vous cessiez de m’interrompre à tout moment, j’aurais plus de suite dans les idées. Ah, oui. Je ne fumais pas (évidemment), je lisais. Ou, plus exactement, je tenais un livre à la main. Non, ça, je ne lisais pas. C’est impossible. D’ailleurs je ne sais plus lire depuis quelques jours, mois, années. Enfin, depuis pas mal de temps. Je ne sais plus exactement. Et je me demande encore pourquoi je tenais ce putain de livre. Parce que pour un putain de livre, c’était vraiment un putain de livre. Incompréhensible. Enfin.

Donc, charmantes lectrices et lecteurs perspicaces, je pense qu’à présent, vous situez bien la scène, le banc, le parc, le (putain de) livre… Je vous ai brossé le décor, faute de mieux. Je continue.

Dans toute cette histoire, la seule chose absolument certaine (quand j’y repense), c’est que j’avais l’esprit ailleurs. La tête dans les étoiles, si vous préférez. Ce terme est plus approprié car je pensais précisément à ces astronautes que l’on entraîne actuellement en Russie et aux zussas pour voyager dans l’espace. Imaginez qu’on les entraîne pour vivre plusieurs années dans l’espace ! Si, si, il faudra plusieurs années pour aller sur Mars. Moi, j’y étais déjà.

Pour faire court – j’en vois qui baillent – mon cul était sur le banc mais ma tête était sur Mars. Et si quelqu’un me parle ici du champ de Mars, je le sors ! Faut suivre un minimum, car c’est là que l’inimaginable s’est produit. Tenez-vous bien.

Une personne est venue s’asseoir près de moi et m’a demandé qui j’étais.

Inouï. Je vous avais prévenu.

Evidemment, j’étais très absorbé. Contrairement aux apparences, j’étais très loin du banc. Je n’ai pas vu arriver cette personne. Elle m’a eu par surprise. Je ne sais pas non plus combien de fois elle m’a posé la question avant que je l’entende. J’étais vraiment très très loin. Toujours est-il qu’à un moment donné j’ai distinctement entendu « Qui êtes-vous ? ».

J’en vois plus d’un qui écarquille les yeux et n’en croit pas ses oreilles, mais je jure que je n’invente rien. Ca s’est passé exactement comme ça et je ne fais présentement que brandir la torche de la Vérité.

D’ailleurs, vous dire que cette personne, en me posant la dite question, me serra la main, serait demeurer bien en dessous de la Vérité. Il fit de ma main je ne sais quelle purée sanguinolente.
Bien qu’il fût un peu plié en zigzag sur le banc, je lui prêtai bien deux mètres avec les intérêts qui vont avec. Oui, certainement plus de deux mètres drapés dans une longue blouse blanche qui lui arrivait jusqu’aux pieds. Et encore, je ne suis pas sûr que vous appelleriez cela des pieds. On avait l’impression que la Nature avait eu l’intention de faire un gorille et avait changé d’avis au dernier moment.

Mais attention, en vous décrivant cette personne comme un gorille, vous allez peut-être penser à un gorille de taille normale. En fait, j’avais là, assis à côté de moi sur le banc, le modèle super-économique.

Il interrompit donc mes rêveries avec cette brutalité grossière qui est la caractéristique principale des gorilles humains.

Je dois également sacrifier sur l’autel de la Vérité que cette personne avait dans son regard un pouvoir hypnotique aux effets apaisants.

Je ne vous cacherai pas, en effet, que dans un premier temps (très bref) j’ai été pris d’une forte envie de lui faire passer la colonne vertébrale à travers son chapeau, mais j’ai senti dans son regard que mon tonnage était tout à fait insuffisant pour me permettre de le défier et que mes organes internes étaient susceptibles de se transformer rapidement en macédoine ou en hachis parmentier.

J’ai par conséquent décidé de lui répondre, d’autant plus que j’avais toute liberté pour lui répondre simplement ou philosophiquement. C’était au choix. J’ai immédiatement opté pour la simplicité et je lui ai dit « Qui êtes-vous vous-même ? ».

Il m’a dit qu’il était l’infirmier et qu’il me ramenait à l’asile.

mardi, novembre 28, 2006

J'ai fait un rêve

49ème contribution à Impromptus littéraires

Le thème : J'ai fait un rêve (le texte doit comporter 200 mots exactement)

La nuit dernière, j’ai refait le même rêve. Encore et toujours. Je sais bien que l’on ne se souvient pas de ses rêves, mais celui-ci fait exception. Il est éreintant, désespérant et angoissant. Il me fait courir et chercher sans fin, jusqu’au réveil.

Quand je dis que c’est toujours le même rêve, je ne veux parler que de son thème. En revanche, l’action change. Le lieu aussi.

De grâce, si vous savez interpréter les rêves et connaissez la signification de celui-ci, parlez.

Une fois, cela se passait dans un village très pentu, avec des tas de petites ruelles qui se ressemblaient toutes. Une autre fois, l’action se situait dans un garage sous-terrain. Un immense garage, vieux et compliqué, avec de nombreux étages.

La nuit dernière, j’étais à l’étranger. Dans une grande ville pleine de gens pressés et fatigués dont je ne parle pas la langue. A Moscou, peut-être. Il s’agit toujours d’un endroit que je ne connais pas. J’étais dans le tramway et je manquais mon arrêt. Il me fallait faire demi tour à la prochaine correspondance sans savoir exactement où cela allait me conduire.

Je cherche ma voiture, ne sachant plus où je l’ai stationnée.

mercredi, novembre 22, 2006

De l'utilité des secrétaires.

15ème contribution à Paroles plurielles

La consigne 34 : Vous écrivez un texte court ( entre 1200 et 1700 signes, espaces compris) dont la dernière phrase sera: "Désormais c'est son problème, plus le mien"
Du fond du passé arrivent parfois de brusques tempêtes. De funestes secrets que l'on croyait morts et qui émergent des marécages de l’oubli.

Elle était venue me dire que j’avais un sérieux problème. Rendez-vous compte ! Moi, qui n’ai jamais perdu une occasion de rester tranquille !

Je déplore de ne pouvoir rapporter précisément les termes exacts de ma réponse. Ma mémoire est particulièrement réticente et capricieuse actuellement.

Il est regrettable qu’il n’y ait eu personne pour prendre mes propos en sténo, car je n’exagère pas en affirmant que je me surpassai.

Une ou deux fois, au cours de banquets ou ripailles, il m’est arrivé de parler avec une éloquence qui a forcé les applaudissements de l’assistance ébahie, mais je ne crois pas avoir jamais atteint les sommets que j’atteignis alors.

Je me souviens cependant lui avoir précisé que je ne disposais que de mille deux cents à mille sept cents caractères, espaces compris, pour satisfaire à la consigne et qu’elle devrait s’en contenter aussi.

Elle m’a répondu que dans ce cas, les espaces étaient bien les seuls à être compris dans cette déplorable affaire.

Après ça, il n’y avait plus grand chose à dire. Peut-être ai-je dit : « Ah ?» ou quelque chose dans ce genre – je ne sais plus très bien - mais si je l’ai dit, mes commentaires se bornèrent là. Et puis « Ah ?» est pratique. « Ah ? » est un de ces mots auxquels il n’est jamais facile de trouver une réponse.

Je l’ai vue quitter le château par les allées. Elle est repartie comme elle était venue. Sans se retourner et sans faire le moindre signe supplémentaire qui eut été inutile.

Désormais, c’est son problème, plus le mien.

samedi, novembre 18, 2006

La mère Michelle

4 ème contribution à Obsolettres

Le thème : Sur le toit. Le personnage principal se trouve sur le toit de sa maison. Racontez pourquoi il est arrivé là.

Il faisait une chaleur torride. Les ondes rythmiques des cigales – clamant leur allégeance indéfectible au roi soleil – envoûtaient la campagne.

Comme à son habitude, la mère Michelle se rendit avec une lenteur de gastéropode ankylosé jusqu’à la grange où l’attendait une bicyclette qui faisait la convoitise des brocanteurs.

Tous les mercredis, elle se rendait au village pour aider son gamin aux travaux des champs. Le petit allait sur ses soixante quinze ans et peinait à l’exploitation de ses quelques hectares.

Elle enfourcha son vieux vélo rouillé avec d’infinies précautions et à une allure quasi onirique.

Son déplacement sur cette monture grinçante était un véritable défi aux lois de l’équilibre.

Tout serait bien allé, les lois de l’équilibre en ayant déjà vu d’autres, si Joseph ne s’était pas trouvé là.

Joseph était pourtant d’excellente humeur. Il n’avait pas de raison particulière pour cela, mais c’était une bonne nature malgré un visage ingrat, des yeux surplombés de verres épais, des boutons, une haleine horrible, des épaules en carafe, un problème insoluble d'aisselles dégoulinantes, des fesses plates et des oreilles en portes de grange.

L'essentiel de sa capillarité broussailleuse émergeait de ses oreilles et de son nez constamment agacé par les poils de sa moustache grillés par l'éternel mégot de gitane maïs mille fois rallumé.

Il soulageait ces horripilantes démangeaisons en frottant son nez couperosé comme un champignon vénéneux avec le revers de sa main.

Ce geste lui avait valu de nombreux revers, chiens, chats, poulets et autres animaux écrasés par son volumineux camion, mais de mère Michelle, jamais. C’était une première.

Il jura, immobilisa tant bien que mal son véhicule dans un nuage de poussière et vint contempler sa victime.

Il ne trouva qu’un vélo tordu et sans animosité dont seule une roue paraissait encore vivante et couinait faiblement.

Il sursauta et se signa rapidement lorsque tomba du ciel une voix chevrotante dont l’intonation faisait penser au mouton appelant ses petits à l’époque de l’agnelage.

La mère Michelle était sur le toit de sa maison et semblait lui faire signe.

lundi, novembre 06, 2006

Le vendeur de temps

48ème contribution à Impromptus littéraires

Le thème : Le vendeur de temps.

Il était une fois un petit village perché sur les falaises du Temps dont tous les habitants étaient joyeux, aimables et riches, alors que l’on n’entendait monter de la vallée que plaintes et gémissements.

Cette curiosité attirait naturellement les foules et l’on voyait serpenter jusqu’au village de longues colonnes de gens pressés et tourmentés qui se bousculaient pour rentrer et repartaient détendus et souriants.

Tout ces gens étaient passés chez le vendeur de temps, un homme sans âge qui habitait le village depuis la nuit des temps. Le bruit circulait qu’il était horloger mais avait vendu son âme au Diable avant de vendre du temps. Il semblait surfer sans la moindre éclaboussure sur l’invisible torrent des siècles et des jours qui entraîne le commun des mortels dans la tombe.

C’est que le torrent dont il s’agit passait dans sa mystérieuse boutique et il lui était donc facile d’en puiser à sa guise et de le vendre à un prix très raisonnable, puisque ces liquidités placées à quatre pour cent pouvait encore fructifier et faire le bonheur de gens qui en manquaient.

Il y avait très peu de mécontents. Les sales quart d’heure étaient rares mais, bien sûr, il pouvait arriver de rentrer avec un temps pourri ou alors, de perdre son temps au retour.

Tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes jusqu’au jour où la Martine vint au village et, tombant à genoux, s’exclama « Ô temps, suspends ton vol, respecte ma jeunesse ! » Elle fut exaucée. On se demande encore pourquoi.

Le temps s’arrêta et le Diable vint chercher le soir même l’âme qui lui était due.

Il semble que le temps ait repris son cours dès le lendemain matin.

Moralités : Le temps est un don de Dieu et ne peut être vendu. Méfie-toi des vendeurs de temps, ils ne vendent que du vent.

samedi, novembre 04, 2006

C'est décidé, elle vivra centenaire

14ème contribution à Paroles plurielles

La consigne 33 : Phrase finale : "C'est décidé, elle vivra centenaire".

─ Professeur, nous sommes heureux de vous accueillir parmi nous à Buenos Aires pour ouvrir cette nouvelle série d’émissions sur le futur. Nous l’avons baptisée Définition d’une frontière entre l’humain et l’androïde.

─ Je vous sais gré de l’honneur que vous me faites. Il y a tant à dire sur les nouvelles perspectives de la programmation prénatale.

─ Professeur, vous nous avez affirmé que désormais, tous les nouveaux-nés seraient identifiés au moyen de puces électroniques sous-cutanées. Nos téléspectateurs s’inquiètent. Pouvez-vous nous en dire davantage ?

─ Certainement, il s’agit d’un suivi de chaque individu par radiofréquence dont la fiabilité a déjà été prouvée chez nos amis les animaux et dont l’intérêt va bien au delà des impératifs sanitaires et sécuritaires.
J’ajoute que les implants électroniques ou transpondeurs sous-cutanés sont parfaitement indolores, ne risquent pas de casser, de s’abîmer ni de s’estomper, que l’enregistrement des données est instantané et qu’ils ne connaissent pas d’erreur de transcription. Au demeurant, les individus ignoreront l’emplacement de leur détecteur électronique.

─ Mais cela ne présente-t-il pas des risques en termes de traçabilité et d’atteintes potentielles à la vie privée ?

─ Rendez-vous compte, vous disposez là d’une identification électronique qui permet de situer à chaque instant l’individu, de contrôler les passages aux frontières, de lutter contre la fraude et d’assurer une traçabilité alimentaire et sanitaire ! Que demander de plus ?

─ Oui, mais tout de même…

─ Au demeurant, ces puces électroniques peuvent avoir de multiples utilisations pour le suivi de l’état de santé des individus, la gestion de leur traitement, la transmission automatique d’informations sur leur poids, leurs habitudes alimentaires, leur fréquence urinaire, défécatoire, sexuelle… elles comportent un détecteur électronique de coït, de fumée, d’odeurs, de transpiration, d’impulsions nerveuses, de mensonge… et peuvent conditionner leur durée de vie.

─ C’est tout à fait impressionnant, Professeur. A présent, passons, si vous le voulez bien, aux exercices pratiques : quel âge pour le spécimen que l’on aperçoit à l’image ?

─ Vous voulez parler de cet amas de peaux de bêtes haut de trois pieds et demi d’où sortent de petites mains maigres, sèches et noires comme celles d’un singe ?
Le professeur fut secoué d’un rire qui, bien qu’argentin, fit l’effet du grincement d’une craie sur un tableau noir.
Vous remarquerez, continua-t-il, cette petite figure plissée, ratatinée, rugueuse, basanée, pareille à un cuir de botte. Et bien, ce spécimen a été programmé pour cent trente ans.

─ Et, plus loin, la femme au foulard, en haut de cette espèce de tour de Babel ?

─ C’est décidé, elle vivra centenaire.

mercredi, novembre 01, 2006

Les plages de l'automne

47ème contribution à Impromptus littéraires

Le thème : Les plages de l'automne.

Les plages de l’automne ! Laissez-moi pouffer.

Je pouffe.

Ah oui, elles sont belles, les plages de l’automne ! Si j’osais un conseil, ce serait de les éviter. Parlez-moi plutôt d’halloween et des cauchemars qui l’accompagnent.

Chaque fois qu’il m’a pris l’envie de me baigner sur une plage d’automne (comme ils disent), j’ai été accueilli par un vent d’est particulièrement aigre, un tapis de cailloux pointus et quelques kilos de varech.

Quel que soit l’endroit de cette satanée plage où mon pied se posait, il rencontrait un de ces petits cailloux invisibles, spécialement aiguisé à mon intention pour me faire danser la danse de saint Guy.

Puis commence le supplice de l’eau glacée. Oh ! Juste un peu d’eau, vingt centimètres, pas plus, car la mer qui ne connaît pas mes horaires se trouve à trois kilomètres de là. Le froid me pénètre, remonte par l’intérieur des jambes et je me bats la chair de poule pour essayer de chasser la poule.

Je puise dans mes trésors de persévérance pour avancer dans l’eau en écartant le varech rapporté par les vagues.

Je n’en ai pas encore à la ceinture lorsqu’une vague sortie de je ne sais où m’enlève dans un hurlement et m’emporte comme un fétu de paille avec de gros paquets de varech qui se collent sur ma figure.

Je suis transi et j’entame un retour frénétique vers la côte qui me paraît de plus en plus éloignée à mesure que je me débats dans l’eau plus que je ne nage.

Je commence à perdre tout espoir de revoir ma famille. Je regrette de n’avoir pas été meilleur avec les miens et dans les exercices d’écriture imposés par les impromptus littéraires lorsque je parviens enfin à poser un pied sur le fond et me rend compte que je nageais dans moins d’un mètre d’eau.

Je reviens sur le rivage, sporadiquement, au gré des vagues qui me poussent régulièrement.
Après avoir oté tous les petits morceaux d’algue qui me recouvrent, m’être séché et rhabillé, je rentre, crâneur.

C’est qu’il convient de faire croire que rien ne saurait remplacer un bon bain vivifiant sur une plage d’automne.

mardi, octobre 31, 2006

La vieille photographie

3 ème contribution à Obsolettres

Le thème : La vieille photographie. Un détail sur une vieille photographie révèle un secret de famille. Racontez.

Lorsque la vieille photographie tomba du portefeuille, Roland ne remarqua rien de particulier. Il la plaça à côté de lui et poursuivit l’inventaire du sac à main.

Ce n’est que lorsqu’il posa dessus, par le plus grand des hasards, sa puissante loupe de philatéliste, que son attention fut attirée par un imperceptible détail.

Il approcha son œil, mit l’objet à bonne distance afin d’obtenir la plus grande netteté possible.

Un frisson lui parcourut l’échine. Etait-ce possible ?

Ce qu’il voyait était invraisemblable. Il n’aurait jamais imaginé une chose pareille, surtout de tante Odette. De là à avoir des pratiques douteuses ou illicites, il n’y avait qu’un pas !

Le contour était incertain, à peine marqué, mais semblait bien présent. Et puis là, sur l’épaule, rien. En revanche, là, il semblait bien que…

Ca alors ! Roland n’en revenait pas.

Il devait en avoir le cœur net. Cette photo était un aveu. Elle levait le voile sur un secret que l’humanité entière aurait jugé inviolable.

C’est que n’importe quel individu, fut-il maladroit, vous aurait confectionné une femme plus aimable que tante Odette avec une bouteille de vinaigre et une pelote d’épingles. Personne ne l’avait jamais vu jouer avec un enfant, même pubère.

Aussi, le doute n’était-il pas permis, il s’imposait.

Au demeurant, l’intégrité morale de Roland lui interdisait de condamner sans certitudes. Le matériel photographique de l’époque ne possédait pas tous les perfectionnements actuels. La photo était très ancienne, un peu jaunie et avait subi les outrages du temps. On discernait même, par endroits, quelques auréoles.

Il décida, par conséquent, de porter la photographie au laboratoire afin de l’examiner plus attentivement et de supprimer toute ambiguïté.

Le verdict du microscope fut sans appel.

On distinguait même l’ombre de l’aréole sous la soie. Tante Odette ne portait pas de soutien-gorge.


dimanche, octobre 29, 2006

Page blanche, écran vide et autres miroirs.

46ème contribution à Impromptus littéraires

Le thème : Page blanche, écran vide et autres miroirs.


Une course folle à la poursuite du monstre les amena dans ce lugubre manoir aux allures de cathédrale.

La bâtisse était perdue au milieu des marécages et cette fois, il en était sûr, la bête ne pouvait plus se dérober.

Il était sur ses talons et entendait même le fer claudiquant de son pied-bot sur le marbre des couloirs.

Ayant aperçu à la faveur d’un éclair, l’ombre fantomatique de sa bosse disparaître dans l’entrebâillement d’une porte, il se précipita.

Un rapide coup d’œil circulaire lui fit prendre conscience de l’immensité de la salle dans laquelle il se trouvait. Elle aurait pu accueillir cent cavaliers et leurs palefrois. Les murs étaient recouverts de blasons disposés en alternance avec de gigantesques portraits de familles.

Dans un angle, tout un arsenal de matériels informatiques et d’écrans diffusait un grésillement de ligne à haute tension et une lumière blanchâtre. Ce modernisme contrastait avec le chandelier dont la lueur blafarde éclairait une feuille blanche sous un encrier. Il s’en dégageait un fort relent de siècles passés.

Son attention fut alors attirée par une psyché posée près d’une fenêtre ogivale. Son léger tremblement trahissait le passage du bossu.

Il crut entendre des ricanements. Un corbeau s’éloignait dans la lumière de l’orage en croassant.
Une fois encore, l’odieuse crapule Halloween s’était échappée.

Il aurait sa revanche et jura de la traquer jusqu’au bout du monde.

Suite au prochain épisode.

Oncle Dan referma le livre, déposa un tendre baiser sur le front de la petite Laurence qui dormait paisiblement, et quitta la chambre sans bruit.

Demain, ils iraient sur les plages de l’automne


vendredi, octobre 27, 2006

L'abstinence

2 ème contribution à Obsolettres

Le thème : L'abstinence.

Je suis, comme on dit, un bon vivant et, sans me vanter exagérément , je ne manque pas d’un certain courage. L’éverest, oui. La lune, oui. Mais l’abstinence ! Voilà donc cette fameuse « limite » à ma volonté !
On m’a loué les vertus de l’abstinance. On m’a prêché l’abstinence. On a exigé de moi l’abstinence.

L’abstinence me fascine.

Ils s’y sont tous mis, m’infligeant une overdose de Saintes Ecritures, le plein de chants grégoriens, de messes en grandes pompes et de sermons exotiques faits par des Pères missionnaires en permission. On m’a asséner retraites et séminaires. Rien n’y a fait.
Je ne dis pas que dans les premiers temps, ces lavages de cerveaux à la grâce divine ne faisaient pas vasciller mon esprit vulnérable. Je suivais ces retraites avec de grands sentiments de piété, un soin extrême de ne point pécher et une vive crainte de Dieu.

La voix du prédicateur, aux profondeurs océanes, faisait courir le long de mon échine, le frisson sacré. Je sortais de ces retraites plein de bonnes intentions et de résolutions définitives, aveuglé par mon enthousiasme juvénile exacerbé qui m’en masquait le caractère utopique.
L'illusion règnait en maîtresse dans mon crâne balayé par les vents de la passion. La Passion du Christ naturellement.

Qui n'a pas visité ces monastères sur fonds de grisaille, ne peut se faire une idée des âpres solitudes qui s'écoulent en ces lieux austères, où le temps a perdu toute signification. La mélancolie suinte de ces murs dépouillés où seul un crucifix, ici ou là, accroche le regard.
Ces êtres silencieux qui avaient choisi de consacrer leur vie à la prière et au travail me fascinaient. Ces "fous de Dieu" qui avaient tout sacrifié, tout abandonné, à commencer, semblait-il, par leur raison, recherchaient l'absolu dans le renoncement et vivaient une obsession de sainteté.

Pénétrer dans leur univers était en soi un privilège exorbitant, et notre emploi du temps était soigneusement contrôlé afin qu'il n'interfère pas avec celui de nos hôtes. Le jeu consistait par conséquent à échapper à cette surveillance pour surprendre les moines dans leurs tâches quotidiennes, leur poser des questions pour s'assurer qu'ils ne violaient pas la Loi du silence, et leur offrir des bonbons qu'ils ne pouvaient accepter sans commettre un péché de gourmandise. Abstinence. Abstinence. Quand tu nous tiens !

Avec mes compagnons de récollection, nous aimions fréquenter également les généreuses bibliothèques de ces lieux de silence. Elles avaient toutes en commun d'être atteintes d'une épidémie d'épîtres et d'épatantes épitomés. Ces hauts lieux de l'hagiographie recelaient des ouvrages dont nous étions friands, les biographies de Saints tenant plus du roman d'aventures, émaillé de miracles qui justifiaient les plus folles invraisemblances, que d'une quelconque théologie ésotérique et rébarbative.

Outre l'évasion intellectuelle qu'elle procurait, cette lecture de la vie des Saints et des missionnaires offrait l'occasion, dans la plus parfaite impunité, de se repaître de passages très hardis, pour ne pas dire osés, décrivant le parcours difficile de ces élus de Dieu qui n'étaient que des hommes avant de pratiquer l’abstinence et devenir des Saints. Ces lectures méphitiques, qui faisaient dériver nos imaginations galopines, auraient pu creuser des trous fumants dans nos orbites larmoyantes de fatigue. Mais quel régal, la nuit, à la Wonder, sous les couvertures du lit.

Prenez Saint Ignace de Loyola. Dans sa jeunesse, ce saint là s'adonnait davantage aux jeux, aux rixes et aux femmes qu'à la prière. C'était un habitué des endroits malfamés, hantés de rôdeurs, de pillards et de paillards. Etudiant, il vivait dans un véritable labyrinthe de ruelles infestées d'immondices, de bordels et de petite vérole. Finalement, ce Loyola était un bien mauvais sujet. Comment a-t-il pu épouser l’abstinence après cela ?

Tiens, c'était comme ce bon Père Charles de Foucauld. Encore un Saint à classer dans la catégorie « Cachez ce saint que je ne saurais voir ». Cela suffisait pour me le rendre sympathique. Cet officier fatigué d'avoir fait des frasques avec les femmes de mauvaise vie, lassé de s'enivrer de champagne qu'il buvait dans leurs chaussures, s'était fait missionnaire malgré les objurgations de son ami le général Laperrine. Quel est donc ce pouvoir de l’abstinence ?

Et j’en passe. Saint André et sa croix, Saint Sébastien et ses flèches, Sainte Hure et ses jeûnes étaient de trop grands classiques pour exciter encore notre curiosité. J'avais un faible, cependant, pour ce prophète du nom de Daniel, qui n'avait jamais pris un bain de sa vie et dont l'odeur de sainteté coupa l'appétit des lions les plus affamés. Non, notre imagination perverse trouvait davantage son compte avec les tortures infligées aux malheureux jésuites qui sont allés évangéliser le Canada, le Japon ou l'Ethiopie aux XVI° et XVII° siècles.

Plus de deux cents d'entre eux sont morts martyrs pendant cette période. Les indiens du Canada les suspendaient par les poignets à la cime de jeunes arbres, choisis en fonction de leur poids, pour que leurs pieds viennent frôler le sol préalablement recouvert de braises rouges. L'arbre faisait ressort et ramenait toujours le supplicié vers le feu, jusqu'à l'épuisement et l'asphyxie. Combien de membres coupés, d'ongles arrachés, de crânes scalpés, de corps écorchés vifs puis brûlés a-t-il fallu offrir à Dieu pour bâtir son Eglise ? Elle s'est édifiée sur la souffrance de ces hommes, massacrés pour avoir voulu imposer une religion qu'ils croyaient être la seule qu'un être humain pût admettre.

Trouvaient-ils leur force dans l’abstinence ?

Je doute encore.

N’est-ce pas fascinant ?


mercredi, octobre 25, 2006

C'est pas des farces !

13ème contribution à Paroles plurielles

La consigne 32 : Vous allez vous mettre dans la peau du sexe opposé et raconter quelque chose, de drôle ou de tragique, peu importe
Si vous êtes UN participant, votre texte se placera du point de vue de la femme ou de la fillette.
Si vous êtes UNE participante, votre texte se placera du point de vue de l'homme ou du garçon.
De plus, il y a des mots absolument interdits: valise, départ, vacances, femme, mari, fils, fille, attente, retard, et lunettes...



C'est pas des farces !

Je rappelle à celles et ceux qui ne conserveraient pas un souvenir précis de cet événement qui a défrayé la chronique familiale en 1927, que cette année là, mes parents ont quitté leur terre natale, la France, pour s'installer à Montréal P.Q.

Par un petit matin calme d'un automne particulièrement pluvieux, alors que les derniers rayons de lune faisaient briller les pavés luisants des quais du Havre, ils embarquèrent avec l'imprescriptible intention de faire fortune, toutes affaires cessantes.

C’est ainsi que nous fûmes richement dotés de la triple nationalité canadienne, française et québécoise, puis de quelques cousins germains en Europe.

Le croirez-vous, mais il est vrai que les tribulations de Michel Strogoff, James Bond et Indiana Johns réunis ressemblent à de pâles divertissements pour jeunes filles poitrinaires à côté des aventures de mon frère Roland, le garçon à l’écharpe jaune.

Or donc, apprenez que très tôt, il montra des dispositions particulières pour la musique, le dessin et la bagarre.

Une sévère éducation dans une école anglaise lui donna la maîtrise de la langue de Shakespeare. Mon père attendait de lui une parfaite maîtrise de la langue de Victor Hugo. Il lui offrit en prime une parfaite maîtrise de la parlure québécoise.

Nanti d'une solide réputation de blagueur, bluffeur, bonimenteur, gouailleur, esbroufeur et hâbleur, Roland appartient à la race de ceux qui n'ont pas besoin d'être là pour être présents.

C'est pas des farces !

Labor ipse voluptas* ou l’éloge des fonctionnaires

1ère contribution à Obsolettres

Le thème : Faire l'éloge des fonctionnaires.


Alors que nos dirigeants s’emploient à réduire le nombre des fonctionnaires au prétexte de diminuer une monstrueuse dette publique, je voudrais ici les mettre en garde.

Le fonctionnaire n’est plus cet herméneute à bretelles, chargé de l’interprétation des textes sacrés et condamné par des stéréotypes caducs à plier les heures sur les heures jusqu'à obtenir la somnolence la plus réglementaire possible.

Ces clichés ont la vie dure. Servis par une tradition papelarde millénaire, ils sont ancrés dans les mentalités depuis la nuit des temps, bien avant l’invention de la photographie.

Nos plus grands écrivains ont eux-mêmes contribué à faire de l’usager une victime du fonctionnaire. Le ministère est le lieu, disait Courteline, où ceux qui partent en avance croisent dans les escaliers ceux qui arrivent en retard, et Balzac écrivait qu’un fonctionnaire de troisième rang, pour peu qu’il soit débrouillard et qu’il veuille sincèrement se désennuyer, pouvait sans gêne ni effort prendre un décret et même le faire publier au journal officiel.

Pas étonnant, dans ces conditions, que lorsque tout se passe bien, l’usager se demande avec mépris à quoi les fonctionnaires peuvent bien servir, et quand tout va de travers, se demande avec indignation à quoi les fonctionnaires peuvent bien servir.

Ainsi, pour l’usager, que les choses aillent bien ou mal, les fonctionnaires ne servent à rien.

Et bien, je ne félicite pas l’usager qui profère une telle ineptie et je lui retourne la question : A quoi servent les usagers si ce n’est à contrarier le bon usage des services ?

Je n’irai pas jusqu’à demander la suppression des usagers, mais force est de constater qu’ils sont la plaie de la fonction publique. Les voyageurs se plaignent des chemins de fer. Les contribuables se plaignent des impôts. Jusqu’aux chiens qui mordent les facteurs !

L’usager devrait, bien au contraire, bénir le fonctionnaire, l’aimer et le payer abondamment.

Car, ne l’oublions pas, le fonctionnaire qui a réussi des concours difficiles pour obtenir son poste, et se lève tous les matins d’un bon à faire frémir ceux du Trésor pour assurer la permanence du service public, est mal payé. Chaque année, l’inflation transperce son pouvoir d’achat comme une vrille chauffée à blanc dans une demi-livre de beurre.

Et pourtant ! Que ferait l’usager sans le fonctionnaire ? En vérité, en vérité, je vous le dis, sa vie ne serait plus qu’une longue suite de cauchemars sans fin.

Il ressemblerait à ces misérables qui errent sur les chemins mal entretenus de la vie comme les mouches se promènent, des existences entières, sur des in-quarto sans comprendre un traître mot aux textes les plus simples.

Ne se lasserait-il pas rapidement de se faire agresser par les bandits de grands chemins (et même de petits) alors qu’il se rend chez son percepteur pour payer une amende ou ses impôts ?

Tous ces pauvres usagers deviendraient vite neurasthéniques et il ne leur resterait plus qu’à engourdir leur peine à petites gorgées, l’usage du tabac étant d’ores et déjà interdit.

Or l’abus d’alcool est dangereux pour la santé.

Aimons nos fonctionnaires pendant qu’il en reste encore. Je suis moi-même fonctionnaire et j’aime qu’on m’aime quand même.

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* Le travail est le plaisir même


Quelques notes d'Erik Satie

45ème contribution à Coïtus Impromptus

Le thème : Quelques notes d'Erik Satie.


Erik Satie apparut dans son éternel costume de velours gris, souleva d’un doigt son « chapeau ron’ » en guise de salut, s’assit au piano et entama un prélude flasque.

Pour un franc cinquante la soirée, ils ne méritaient guère mieux.

Il y avait cependant ce soir-là quelques habitués du Chat Noir : Gabriel de Lautrec, Vincent Hyspa, Raoul Ponchon et Alphonse Allais. Les conversations allaient bon train et personne ne lui prêta la moindre attention, même à un taux usuraire.

Est-ce le crâne de Voltaire enfant, posé sur le piano pour faciliter son inspiration ; est-ce le tableau unicolore suspendu au fond de la salle et baptisé « Récolte de la tomate par des cardinaux apoplectiques le long de la mer Rouge » qui lui fit monter le sang à la tête ?
Toujours est-il qu’il était tellement en colère que s’il était rentré dans l’eau à ce moment là elle se serait mise à bouillonner.

Le capitaine Cap’ l’avait bien dit : ce vieux pirate a un point d’ébullition très bas !

Le regard coagulé sous des paupières en forme de fer à cheval, il se releva, se retourna, salua de nouveau et déclara péremptoirement « Les pianos, c’est comme les chèques : ça ne fait plaisir qu’à ceux qui les touchent ».

Heureux de son bon mot, il commença alors à jouer un morceau en forme de poire.

Il en servait toujours une tranche comme dessert musical aux clients de ce foutu cabaret !


mardi, octobre 10, 2006

Elle regardait les flammes détruire les derniers vestiges de son passé.

44ème contribution à Coïtus Impromptus

Le thème : Le texte doit commencer et/ou finir par "Elle regardait les flammes détruire les derniers vestiges de son passé".


Elle regardait les flammes détruire les derniers vestiges de son passé.

L'incendie avait pris des proportions inimaginables. Le vent attisait un feu qui se nourrissait de bonnes poutres bien sèches et de tout le bric-à-brac en bois qu'elles abritaient depuis des siècles.

Les flammes claquaient derrière les vitres cassées qui vomissaient de gros nuages de fumée noire. De longues gerbes d'étincelles zébraient le ciel de leurs sinistres étoiles filantes.

Les pompiers des casernes avoisinantes arrivaient en renfort dans la cour d'honneur du château. La température particulièrement basse de cette nuit là créait des difficultés inattendues.

Soudés à leurs échelles par l'eau de leurs lances que le vent glacial gelait instantanément, ces courageux soldats du feu étaient aveuglés par d'épaisses nuées, farcies d'étincelles, qui s'abattaient sur eux au gré des bourrasques sibériennes.

Vingt degrés en dessous de zéro les avaient transformés en statuts de glace. Leur efficacité était amoindrie. L'un d'eux, le visage noirci et les cheveux roussis, cherchait en vain à fuir le brasier.

Le vent avait poussé l’incendie jusqu'à l'extrémité de l’aile droite du château, à tel point qu’il s’était propagé aux écuries et que la jument grise était morte, asphyxiée.

La Marquise était accourue à l’appel de James, son fidèle valet, malgré les propos rassurants qu’il lui tenait. « Tout va très bien, tout va très bien », disait-il…

Ils étaient ruinés et son imbécile de mari avait renversé des chandelles en se suicidant.

Madame la Marquise était pensive.